Hervé de Bressy, démocrate de Sainte Adresse

Sainte Adresse Démocrate

Archive for février, 2009

Retour à la réalité (reprise d’un post du 27/9/08)

Posted by Hervé de Bressy on 28th février 2009

Reprise d’un post initialement publié sur mon ancien site le 27/9/2008,  après le “discours de Toulon” de Nicolas Sarkozy.

“En présentant aujourd’hui les perspectives d’exécution du budget 2008 et le projet de budget 2009, et dans la foulée du discours du Président de la République à Toulon, le Gouvernement vient de passer par pertes et profits les utopies de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy.

Le budget 2008 sera déficitaire de € 49 milliards (contre 41,4 initialement prévus), et M. Woerth prévoit d’ores et déjà un déficit de € 52 milliards en 2009, contre 37 milliards initialement projetés. En conséquence, tous les projets de futures baisses d’impôts sont abandonnés. Les promesses de retour à l’équilibre budgétaire, promis par la France à ses partenaires européens pour 2010, unilatéralement reporté en 2012, sont devenues parfaitement irréalistes. Nous sommes plus que jamais le vilain petit canard de la classe européenne.
Je prends acte que le Gouvernement a fait foin de ses belles promesses. Invitons-le à regarder maintenant la réalité en face, et à la dire aux Français :

Alors que l’Etat dépense (environ) € 320 milliards par an (charge de la dette comprise), il n’encaisse que € 270 milliards de recettes. Le gouvernement ayant renoncé aux baisses d’impôts, et Nicolas Sarkozy s’étant engagé à ne pas les augmenter, il ne reste de solution que dans la réduction des dépenses publiques, à hauteur de € 50 milliards, soit 1/6ème du total. On comprend à quel point les € 15 milliards du paquet fiscal nous manquent aujourd’hui.

Exprimé en salaires annuels, ces € 50 milliards qui nous manquent représentent environ 1,5 million de postes de fonctionnaires, soit 3/4 de la fonction publique d’Etat ( 1.9 millions, hors retraités) concernée par ce budget ! Il faudrait anéantir l’Etat pour équilibrer les comptes, ce qui est absurde. On voit donc bien combien paraissent futiles les 30 000 suppressions de postes promises pour cette année. Les Français ressentiront durement le retrait du service public, mais il n’y aura aucun changement dans le déficit et l’accumulation de la dette.

1) Il y a peu de postes de dépenses auxquels s’attaquer :

- le traitement des agents de l’Etat (90 milliards) et les pensions de retraite (30 milliards), représentent à eux deux le 1er poste. Les retraites n’étant pas compressibles et étant plutôt appelées à augmenter avec l’allongement de la vie et le papy boom, seuls les traitements sont concernés. 30 000 postes supprimés permettent d’espérer (c’est un ordre de grandeur) € 1 milliard d’économies annuelles. Dans quels effectifs peut-on se permettre de “tailler” ?

- L’Education Nationale, avec 1,1 million de personnes, semble un énorme réservoir où il est tentant de frapper, mais c’est socialement extrèmement dangereux (voir ci-dessous). Les 200 000 fonctionnaires du ministère de l’économie (douanes, impôts…) me paraissent devoir fournir un gros contingent, car leurs effectifs n’ont pas suivi l’informatisation de la gestion… Ajoutons également que la fonction publique doit aussi pouvoir proposer des salaires attractifs aux jeunes diplômés pour espérer attirer les compétences. Cela induit une pression à la hausse sur les traitements, qui absorbe les gains obtenus par les réductions d’effectifs.

- l’Education Nationale, la recherche et l’enseignement supérieur représentent ensemble € 80 milliards. alors que notre natalité se maintient à un niveau élevé (et donc les effectifs d’élèves dans les écoles), que nos universités sont sous-financées, que l’échec scolaire continue de progresser, que nos entreprises ont besoin de personnels de plus en plus qualifiés, est-il raisonnable de sabrer dans ce poste de dépense ?

- la Défense Nationale compte pour € 35 milliards. Depuis plusieurs décennies nous rognons sur ce budget. Aller plus loin dans la réduction de nos dépenses militaires suppose un choix : la défense de nôtre rôle international et en particulier de notre siège permanent au Conseil de Sécurité des Nations-Unies, ou bien le repli sous le parapluie états-uniens, dont on a vu avec l’Irak et l’Afghanistan où il pouvait nous mener.

- le Travail et la Solidarité, pour € 26 milliards. Alors que la crise financière va faire exploser le chômage, est-ce le moment de désinvestir ce secteur ?

- les Transports, pour € 10 milliards. Il est impensable d’abandonner ce poste de dépense à l’heure où nous devons repenser toute notre infrastructure de transport de fret et de passagers, prix de l’énergie et engagements écologiques obligent.

- Un dernier poste, qui n’est étrangement pas comptabilisé comme une dépense, est le service de la dette. Il se situera nettement au-dessus de € 50 milliards l’année prochaine… l’encours de la dette devant dépasser les € 1 300 milliards courant 2009.

2) Quelles conclusions en tirer ?

Je crois que les économies liées aux réductions d’effectifs ne sauront être que marginales. Au grand maximum et en supprimant 300 000 postes dans l’Education et au ministère des finances, on peut en espérer € 10 milliards d’économies. C’est largement insuffisant, et les conséquences sur la présence de l’Etat là où il est le plus nécessaire risquent de créer des problèmes au final plus coûteux encore.

===> Conclusion 1 : nous ne saurons pas baisser les dépenses de 50 milliards d’€ dans un avenir proche. Je n’ai aucun plaisir à le dire, mais nous n’échapperons pas à l’impôt. Que ceux qui croient encore aux promesses sarkozyennes reviennent du pays imaginaire à tire-d’aile !
Si vous avez bien compté, vous aurez constaté que le déficit et le service de la dette sont d’un montant équivalent. En résumé, s’il n’y avait pas de dette, il n’y aurait pas de déficit. Il ne s’agit pas que d’une coïncidence amusante, il y a là-derrière une profonde signification : hors service de la dette, recettes et dépenses de l’Etat sont aujourd’hui, grosso-modo, à l’équilibre.

===> Conclusion 2 : le fonctionnement de l’Etat n’est plus en soi générateur de déficit. C’est la dette qui génère une charge d’intérêt que nous ne savons pas financer.

3) Vers une structure de défaisance

Je suggère que nous créions une structure de défaisance, qui sépare le budget annuel de l’Etat de la charge de la dette. Cela pourrait passer par un ministère dédié au sein du gouvernement, ou par la création d’une agence nationale sous contrôle du Parlement. Cet “Agence Nationale de Gestion des Actifs et de la Dette (ANGAD)” se verrait allouer des financements spécifiques, au moins égaux à la charge des intérêts (soit 50 milliards / an).

En échange de cette défaisance, l’Etat aurait obligation de présenter et d’exécuter des budgets en équilibre de fonctionnement. Sa capacité à lever de nouveaux emprunts, exclusivement dans une optique d’investissement, serait limitée à un montant plafond de la dette publique, votée par le Parlement, lequel aurait constitutionnellement obligation d’allouer à l’ANGAD les ressources supplémentaires nécessaires.

L’Etat cèderait à l’ANGAD ses actifs (parts d’entreprises publiques et privées, patrimoine immobilier, produit des dations…), et devrait verser une redevance pour ceux d’entre eux qu’il utilise, comme par exemple la location des bâtiments. L’ANGAD aurait pour mission d’optimiser la gestion de ces actifs et d’en tirer un maximum de revenus. En cas de revente à des intérêts privés, le produit de la vente serait statutairement alloué au remboursement du capital et non au paiement des intérêts.

Les excédents budgétaires de l’Etat seraient reversés à l’ANGAD ;
Un “paquet fiscal” dédié au financement de la redevance de l’Etat à l’ANGAD pourrait être créé, alimenté par (entre autres exemples possibles) :

- la suspension des niches fiscales (50 milliards d’€ d’exonérations en tout genre…) ;

- le produit de la lutte contre la fraude fiscale ;

- le rétablissement de l’impôt sur les successions, avec un taux lui permettant de se substituer à l’ISF (lequel serait supprimé)

- arrêt du financement de la réduction du temps de travail (35 heures), et de celui dédié à l’augmentation du temps de travail (heures sup’ du paquet fiscal…) dont les coûts aujourd’hui s’additionnent alors que leurs effets s’annulent. Une des plus belles imbécillités que l’affrontement droite-gauche a produit dans ce pays ;

La dette actuelle s’est accumulée à la suite de 30 années de déficits publics. Pour la ramener à des proportions acceptables, il faut envisager une durée similaire. Pour commencer à rembourser le capital, il faut allouer au minimum 50 milliards d’€ à cette agence de la dette. Chaque fois que ce montant sera dépassé, on aura remboursé un peu de capital, et donc réduit la charge de la dette pour l’année suivante. On aura ainsi amorcé un cercle vertueux, celui de “qui paye ses dettes, s’enrichit”.

Hervé de Bressy
27 septembre 2008″

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Commentaire d’un article de la Tribune

Posted by Hervé de Bressy on 28th février 2009

Commentaire posté le 28/02/2009 au Point de vue Halte au protectionnisme ! Le marché unique est notre moteur, publié dans la Tribune.fr par Hans-Gert Pöttering, président du Parlement Européen

 

Il est important de ne pas confondre protectionnisme et soutien à la re-localisation. L’actuel mode de financement de notre protection sociale et des collectivités locales n’est pas protectionniste mais destructionniste. Je m’explique :

 

Les charges pesant sur les salaires et donc sur les industries de main d’œuvre et l’emploi, auxquelles les productions importées ne sont pas soumises, sont une incitation permanente à la délocalisation. Par le biais de la « TVA sociale », à savoir la taxation de la consommation en lieu et place de la production, nous placerions à nouveau la production française à égalité de traitement avec la concurrence étrangère, puisque la mesure aurait pour effet de renchérir les produits importés et de diminuer les coûts de production en France. La mesure serait juste et acceptée par nos concitoyens à condition d’opérer une réduction équitable des charges salariales et patronales, rendant ainsi du « pouvoir d’achat » aux ménages.

 

La taxe professionnelle, dont la suppression a été annoncée en fanfare sans qu’on sache selon quelles modalités, est à mon avis une bonne chose. La TP pèse en effet également le plus lourdement sur les industries de main d’œuvre et d’investissement. Là encore, il s’agit d’une incitation à produire hors de nos frontières. Pour un montant de collecte identique, la TP devrait être remplacée par un impôt sur le chiffre d’affaires et/ou la marge brute.

 

En défendant ces mesures je ne me fais pas l’image d’un protectionniste, mais d’un défenseur des intérêts des entreprises et surtout des salariés français. L’Allemagne a mis en œuvre avec succès la TVA sociale sans être qualifiée de protectionniste.

 

Les excès du libre-échange ont conduit à mettre en concurrence directe les salariés des pays développés avec ceux des pays émergents. En conséquence de quoi la part des salaires dans la distribution de la richesse n’a cessé de décroître, au profit des revenus du capital et de la bulle du surendettement (les détenteurs du capital prêtant en retour aux ménages pour que ceux-ci consomment). Ce que nous vivons aujourd’hui, c’est le réajustement brutal de la production mondiale sur la réalité des revenus. Sachant que le revenu médian au Etats-Unis est resté le même depuis 30 ans, je vous laisse imaginer le retour en arrière qui se profile.

 

L’Etat a pour mission de protéger les citoyens dont il a la charge. L’idéal européen, à l’origine, était la mise en commun des richesses entre les états membres avec un tarif extérieur commun face au reste du monde. Cet idéal a été peu à peu perverti, à compter de l’entrée de la Grande Bretagne en 1973, au profit d’une logique libre-échangiste absolue. Sans pour autant renoncer à la liberté des échanges, il est temps que l’Union Européenne revienne à son idéal d’origine et fasse sentir aux citoyens qu’elle leur apporte des protections, au lieu de vouloir les exposer à toute force à une concurrence face à laquelle ils sont impuissants.

 

 

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Commentaire d’un article du Figaro

Posted by Hervé de Bressy on 27th février 2009

Ci-dessous un commentaire que je ne parviens pas à poster sur le site du Figaro. Depuis quelques semaines il semble que j’y sois devenu “persona non grata” puisque, disposant pourtant d’un pseudo plusieurs fois confirmé par le serveur du journal, chaque tentative de commentaire dans les pages politiques se solde par “pseudo incorrect”.

Ce commentaire correspond à l’article : “Sarkozy garde une base électorale solide à droite

 

“Même si votre article est plus nuancé que son titre, je trouve votre analyse risible. En clair vous nous dites qu’une large majorité de soutiens de NS sont prêts à voter pour lui. On s’en serait douté ! Je trouve très révélatrice votre affirmation selon laquelle 85% des MILITANTS UMP (j’insiste sur “militants”) sont prêts à voter Sarkozy dans 3 ans. Il y a donc 15% des adhérents actifs de l’UMP (c’est la signification du mot militant) qui ne voteront pas pour lui. Cela en dit long sur la révolte qui gronde dans ce parti étouffé par le culte de la personnalité, et correspond aux nouveaux adhérents que nous voyons arriver au MoDem : anciens RPR, gaullistes, républicains, qui ne supportent plus celui qu’ils appellent “l’excité”.

Pour réduire le coût de vos prochains sondages, je vous suggère à l’avance le titre de votre prochain article : 100% de Nicolas Sarkozy sont satisfaits de lui-même”.

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Essayons-nous à un peu de prospective

Posted by Hervé de Bressy on 27th février 2009

18 mois après le début de la crise des subprimes et 6 mois après l’éclatement de la bulle de l’endettement, il est temps de nous essayer à dessiner ce qui nous attend au cours des mois et années à venir. J’ai découpé cette (modeste) tentative d’analyse en 3 parties : un rappel des symptômes actuels de la crise, leur évolution probable à court terme et enfin un pronostic sur l’étape ultime de cette crise.

A) Symptômes :

1) La dégringolade des actifs :

L’immobilier est en chute libre dans le monde entier. Lors d’une réunion-débat consacrée à ce thême l’année dernière, j’avais pronostiqué une baisse de l’ordre de 50%. Ce seuil sera dépassé dans de nombreux pays, au premier rang desquels les Etats-Unis et la Grande Bretagne. L’Irlande s’attend par exemple à une chute de 80% !

Les indices boursiers ont chuté d’environ 50% au cours des 12 derniers mois. Le deleveraging, ou effet de levier inversé, continue de jouer à plein : pressés par leurs créanciers, les détenteurs d’actifs liquident leurs positions pour pouvoir honorer leurs obligations.

Victimes à la fois du désengagement de la spéculation et du retournement économique, les cours des matières premières se sont effondrés, le pétrole étant passé en 6 mois d’un pic de 150$ à un creux (?) de 35/40 $.

2) L’effondrement des échanges internationaux

Pour la première fois depuis la crise des années 30 et la seconde guerre mondiale, les échanges internationaux sont directement frappés. La baisse constatée du commerce mondial peut être évaluée - à ce jour - à environ 35%.

3) L’arrêt de la production industrielle et la flambée du chômage

Le secteur automobile est emblématique. Le chômage technique et les fermetures d’usine se multiplient (quasi-faillite des 3 grands constructeurs états-uniens…). Les Etats-Unis vivent au rythme de 500 000 chômeurs supplémentaires par mois. J’avais annoncé un rythme de 100 000 par mois pour la France, nous n’en sommes plus très loin (90 000 en janvier).

4) Inefficacité des tous les plans mis en oeuvre jusqu’à présent.

Abandonnant le dogme libéral, tous les dirigeants de la planète se livrent à présent à un keynesianisme à outrance. Toutes les restrictions budgétaires ou monétaristes ont été abandonnées : le déficit du gouvernement fédéral des Etats-Unis sera pour le seul exercice 2009 supérieur au cumul de tous les déficits annuels de la présidence Bush, et sera de l’ordre de 13% du PIB, si rien ne vient aggraver la situation ! Les quelques 7 à 9 000 milliards de $ ou d’€ injectés de diverses manières dans les établissements financiers (prises de participation directe de l’Etat, avances, prêts, garanties…) n’ont en aucune manière empêché la récession économique de s’installer. Tout juste ont-ils permis de maintenir en survie artificielle des établissements devenus insolvables en raison de leurs pertes d’actifs dans tous les domaines.

B) Evolution à court terme

1) La situation des populations devient alarmante, prises en étau entre une perte de revenus liée à un chômage de masse d’une part, une dévalorisation des patrimoines d’épargne et d’immobilier qui auraient du leur permettre de faire face d’autre part. Les désordres sociaux violemment revendicatifs sont à mon sens inévitable. La France est déjà touchée par sa périphérie d’outre-mer. La métropole, on le sent bien, est prête à suivre.

2) Par ses interventions et ses sauvetages à tout-va, l’Etat transfère à sa charge les dettes gigantesque du monde financier, en même temps qu’il se voit contraint d’éteindre dès qu’ils surviennent les incendies sociaux. Déjà très fortement endettés, les Etats verront bientôt remise en cause la qualité de leur signature, à commencer par les plus petits (Islande, Lettonie, Hongrie, Irlande…) avant que ne suivent de plus gros (Russie mais aussi Espagne, Italie et surtout la Grande Bretagne).

3) La demande d’emprunt par les Etats va être tellement forte qu’il n’est pas envisageable de trouver suffisamment de prêteurs privés pour la satisfaire. Il est évident qu’un peu partout dans le monde les banques centrales vont acheter directement les emprunts d’état par l’émission de nouvelle monnaie. Cela aura également lieu dans la zone Euro, quoiqu’en disent les statuts de la BCE car nécessité fait loi. Nous allons donc assister à une très forte augmentation de la masse monétaire, simultanément à une forte contraction de l’activité économique.

4) La contraction des échanges mondiaux, appliquée à une économie des flux tendus, va conduire à une très forte désorganisation des industries les plus mondialisées : automobile, informatique etc… Cette désorganisation est susceptible de conduire à des pénuries de produits finis comme de pièces de rechange.

C) Pronostic à moyen terme

En rapprochant les différents points évoqués ci-dessus, je me permets maintenant d’esquisser un scénario, forcément catastraophique étant donné le contexte dans lequel nous sommes irréversiblement engagés.

Les excès de masses monétaires, couplées à la contraction de l’activité et à l’apparition de pénuries, vont immanquablement conduire à une inflation potentiellement hors de contrôle. Je retiens ce scenario d’une très forte inflation (voire hyperinflation dans les Etats les plus fragiles), car elle présente l’avantage immédiat de liquider les dettes, aussi bien celles des Etats que celles des particuliers. C’est la solution de la facilité à court terme, c’est donc celle qui sera - voire a déjà été - choisie par les dirigeants. Cette inflation n’est pourtant pas une bénédiction, car elle s’accompagnera d’une paupérisation des populations, les salaires ne suivant pas le même rythme. En chemin, ce sont les créanciers et les épargnants qui auront été sacrifiés, ainsi que le systême bancaire que nous cherchons aujourd’hui désespérément à sauver. Les rentiers auront été ruinés, seuls se sortiront d’affaire les détenteurs de biens physiques directement productifs de biens de première nécessité (alimentation de base, énergie…).

Le désendettement des Etats par la monétisation de la dette passe par la dévaluation de leur monnaie. Pour que les Etats-Unis reviennent à un niveau d’endettement raisonnable (endettement total de 100% du PIB au lieu de 350% actuellement), il leur faut dévaluer le $ en proportion. Etalée sur 10 ans, cette dévaluation suppose une inflation de 15 à 20% par an. Il est cependant fort à craindre que le mouvement soit beaucoup plus brutal, d’ou la crainte d’un emballement hyper-inflationniste.

Conclusion :

Exposée au mêmes symptômes que les Etats-Unis, avec en plus la crise des pays émergents dont elle est de loin le premier créancier, l’Europe est face à son destin. Si nos dirigeants ne parviennent pas à être solidaires , il n’est pas une institution européenne qui survivra, et tout sera à reconstruire. L’éclatement de la zone € (à nouveau évoqué par ses détracteurs anglo-saxons) serait un désastre, condamnant le continent aux ravages de l’hyper-inflation, du chômage et de la misère. Jamais nous n’avons autant eu besoin d’une volonté européenne.

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A propos de M. Pérol

Posted by Hervé de Bressy on 27th février 2009

M. Pérol a négocié au nom de l’Etat et du contribuable une prise de participation de 5 milliards d’€ dans le nouveau groupe Caisse d’Epargne + Banque Populaire, pour illico en prendre la direction.

Imaginez que votre syndic de copropriété négocie en votre nom un contrat avec, par exemple, une compagnie d’ascenseurs, pour aussitôt aller exercer des fonctions directoriales dans ladite compagnie.

Vous n’auriez pas un petit doute ? Une petite colère au moment de verser votre quote-part à la copropriété ?

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Antilles : la faute

Posted by Hervé de Bressy on 27th février 2009

billet publié le 17  février 2009 sur Sainte Adresse Démocrate
Depuis un mois un conflit social de grande ampleur touche la Guadeloupe. Ce conflit semble vouloir s’étendre maintenant à l’ensemble de l’outre-mer.
En quelques jours nous sommes passés de manifestations bon enfant à de véritables scènes d’insurrection. La revendication sociale traditionnelle (hausse des salaires, baisse du prix des denrées de première nécessité…) a été supplantée par la contestation, en attendant qu’émerge la revendication identitaire.
Tout semble avoir basculé alors qu’Yves Jégo, secrétaire d’état à l’outre-mer, a été rappelé en urgence à Paris pour l’empêcher de pousuivre sur la voie des concessions financières. Ce retrait des négociations a été légitimement vécu comme une trahison et un abandon par les le collectif LKP et et les élus. Depuis, l’Etat se retranche derrière les “partenaires sociaux” pour trouver un accord, alors que justement la situation est bloquée et exige l’arbitrage de la puissance publique.
Je crois au fond que le gouvernement actuel de notre pays ne comprend pas ce qu’est une émotion populaire. La conception de notre société par Nicolas Sarkozy est celle d’un aggrégat d’individus, dirigés exclusivement par leurs intérêts matériels. Or un peuple, ça n’est pas cela ! Un peuple croit et se retrouve dans des symboles, dans sa mémoire et dans ses souffrances collectives. Nos compatriotes d’outre-mer, comme chacun d’entre nous métropolitains, exigent d’être considérés avec respect et bienveillance (oserai-je dire paternalisme ?) par ses dirigeants. Jacques Chirac avait beaucoup de défauts, mais il avait au moins le sens de la paix civile.
En traitant ce mouvement par la distance et le mépris, en ne lui déléguant qu’un obscur secrétaire d’état aussitôt désavoué et remplacé par une paire de hauts fonctionnaires sans autorité décisionnelle, l’éxécutif de notre pays a commis une faute qui sera lourde de conséquences.
Des gestes symboliques forts sont désormais attendus pour éviter qu’une cassure profonde ne s’installe entre la métropole et l’outre-mer. A défaut, la France devra se retirer à terme de ces “confettis d’empire”, ayant échoué à en faire des membres à part entière de notre République. Ce faisant, la France perdra de son statut international, car l’existence de départements et territoires français d’outre-mer lui permettait d’affirmer une présence humaine, culturelle, économique, politique et militaire sur tous les océans du monde. La France y perdra une part de son âme, une part de ses symboles. Sans forcément s’en rendre compte au premier abord, le peuple français réduit en nombre aura subi une amputation. On ne guérit pas d’une amputation.
Hervé de Bressy
17 février 2009

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Le coeur de la tempête

Posted by Hervé de Bressy on 27th février 2009

Billet initialement publié le 23  janvier 2009 sur Sainte Adresse Démocrate

La “Crise” poursuit son bonhomme de chemin. Après quelques semaines durant lesquelles “l’esprit de Noël” a pu laisser croire que le pire était passé, nous entrons maintenant (j’écris le 23/01/2009) dans le coeur de la tempête.

 
Je vous convie toujours à parcourir les blogs listés ci-dessous, bien plus éclairants que tout ce que pourra jamais vous raconter le JT de TF1.

 
Le sentiment dominant reste que le phénomène principal en cours est une déflation intense (perte de valeur de tous les types d’actifs), consécutive au désendettement qui pousse à la liquidation des actifs et un effet de levier “à l’envers”.

 
L’action des gouvernements et des banques centrales, dont on voit bien que leur choix est d’actionner sans retenue la planche à billets, loin de contrecarrer la déflation, vient introduire un facteur d’instabilité supplémentaire : les forces déflationnistes joueront leur mécanique jusqu’au bout, tandis que la “reflation” tentée par les banques centrales ne jouera son rôle qu’après, au prix d’un désordre économique (et surtout social !!!) menant à un véritable anéantissement monétaire, remettant en cause - je pèse mes mots - l’ensemble de notre ordre social, économique et politique.

 
Nous allons donc être pris en étau entre deux phénomènes destructeurs :

 
- la déflation, qui fait perdre de leur valeur à tous les éléments de nos revenus et patrimoines personnels : nos maisons, notre épargne investie, nos salaires (travailler moins pour gagner moins !)… tandis que nos dettes personnelles et collectives, elles, conservent leur valeur et continuent de porter intérêt. Le poids relatif de la dette se trouve donc alourdi, pour certains jusqu’au point de rupture (ménages américains, industries nécessitant un fort niveau d’investissement, banques dont les bilans se trouvent déstabilisés par un effondrement de leurs actifs etc..).

 
- l’inflation, sinon l’hyper-inflation, que ne manquera pas de provoquer la forte augmentation des masses monétaires amorcée par toutes les banques centrales, tandis que la récession économique réduit le volume de la production et des échanges. Cette hyper-inflation va liquider les dettes, au prix de l’anéantissement de l’ordre économique, social et politique.

 
Aujourd’hui clairement en phase déflationniste, nous basculerons tôt ou tard en phase hyper-inflationniste. Chaque pays aura son propre scénario pour ce basculement : l’Islande a déjà vécu sa phase d’effondrement déflationniste et se trouve déjà en phase de forte inflation (20%), en raison de l’effondrement de sa monnaie. L’Irlande, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et surtout la Grande-Bretagne semblent maintenant prêtes à suivre ce scénario. La Chine, confrontée depuis des années à une inflation rampante contre laquelle l’Etat luttait avec âpreté, mène aujourd’hui une politique rigoureusement inverse, alors même qu’elle est déjà inondée de liquidités par ses énormes excédents commerciaux : la phase inflationniste - contrairement aux affirmation “d’experts” - y semble maintenant très proche. Le tréfonds de la catastrophe sera atteint lorsque les Etats-Unis verront la fuite des capitaux qui, jusque-là, finançaient leur train de vie.

 
L’incertitude mais aussi l’espoir reposent sur la capacité de la zone Euro à résister à la tentation de la fuite en avant. Les membres de l’Eurozone auront très bientôt à choisir entre la solidarité ou l’implosion.

 
Hervé de Bressy
23 janvier 2009

sites et blogs à suivre pour rester à la pointe des meilleures analyses :
Loïc Abadie (FR): un trader lucide
Paul Jorion (BE/US): il explique et démonte depuis plusieurs années la machine infernale du crédit immobilier aux Etats-Unis
Nouriel Roubini (US -en anglais) : peut-être le plus alarmiste de tous, mais aussi le plus étayé…
Europe 2020 (EU) : lettre d’information payante, mais quelques communiqués (édifiants), sont libres d’accès. Les derniers en date (au 17/11/2008), prévoient la cessation de paiement des Etats-Unis et l’implosion monétaire à l’été 2009. Pas un site particulièrement optimiste …
The Market Oracle (GB - en anglais) : forum contributif de quelques 150 analystes, avec plusieurs analyses postées chaque jour. Là encore, la tendance pessimiste domine.
Crise Mondiale (FR) : actualité axée sur l’éclatement de la bulle immobilière. Ici comme sur les sites ci-dessus, la prédiction est que la chute de l’immobilier français atteindra 50% !
Michel Santi (CH) - économiste, analyste financier mais aussi moraliste
MarketWatch (US - en anglais) - actualité des marchés

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Quand le Président pète les plombs, où trouve-t-on les fusibles ?

Posted by Hervé de Bressy on 27th février 2009

Billet initialement publié le 27  janvier 2009 sur Sainte Adresse Démocrate

Ce jeudi 29 mai verra, probablement, une forte mobilisation syndicale et politique à travers la France. Les motifs de manifestation ne manquent pas : retournement économique (voir nos pages “Comprendre la Crise”), utilisation de l’Education Nationale comme variable d’ajustement budgétaire, paupérisation de l’Hôpital public, déstructuration d’une justice engorgée et à court de moyens, défiance des lycéens et bientôt des étudiants, interrogations sur le devenir des libertés publiques etc. Les Jeunes, salariés, fonctionnaires et plus généralement les citoyens ne manquent pas de motifs d’inquiétudes.
De fait, le trait commun à l’ensemble des appels à manifester semble être le rejet frontal des politiques en cours.
S’agissant d’un rapport de forces, et dans l’hypothèse où ces mouvements prendraient de l’ampleur, les exemples historiques montrent qu’il deviendrait nécessaire pour le pouvoir de sacrifier quelque victime expiatoire afin de faire retomber la pression.
Seulement voilà : entre quelles parties va s’établir le rapport de forces ? D’un côté on trouve, pour une fois réuni, le monde syndical, étudiant, associatif, politique… mais de l’autre ?
La personnalisation du pouvoir autour de Nicolas Sarkozy, lequel a court-circuité le Gouvernement, cornaqué le Parlement, étouffé son propre parti (le “Président de tous les Français” dit “nous” quand il parle de l’UMP), mis l’essentiel de la presse écrite et audiovisuelle sous tutelle, le place dangereusement seul face à tout mouvement de contestation.
Après s’être lui-même dénudé de tous les intermédiaires susceptibles d’être des contre-pouvoirs, mais également des fusibles protecteurs entre lui et l’opinion, le Président de la République s’est permis de faire dans la gamme de la provocation directe à l’égard du monde syndical : “quand il y a une grêve, plus personne ne s’en aperçoit”, “SUD est irresponsable”, et tous les porte-flingues du Président qui parlent ces derniers jours d’imposer de multiples contraintes au droit de grève, au risque de remettre en cause un principe Constitutionnel… On peut donc penser que ces syndicats, tellement mis à mal par la volonté du Président de la République, vont avoir à coeur de démontrer leurs capacités de mobilisation, c’est-à-dire de “mettre le paquet”.
Dans la plupart des crises sociales de la Vème République, le Président restait en retrait, afin de préserver sa position d’arbitre et de recours pour signifier la fin du conflit et la sortie de crise. En passant il sacrifiait un ministre, voire un gouvernement ou une assemblée, mais conservait son autorité. Dans le cas présent, il est clair que Nicolas Sarkozy a choisi le chemin d’une confrontation directe entre une partie du pays et sa personne. Si la tension monte trop et étant donné sa propension à la personnalisation, il n’est pas évident que le pays se contente de victimes expiatoires.

Hervé de Bressy
27 janvier 2009

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