Après ces élections européennes où si peu d’électeurs (3% du corps électoral…) se sont déplacés en faveur de nos candidats et de nos idées, il est légitime de s’interroger sur notre engagement, sa finalité et son utilité. J’entreprends donc une revue de mes motivations personnelles qui - vous n’en doutez pas - expliquent pourquoi je continue d’estimer que notre combat est le bon. Je classe ces motivations en 3 catégories : la révolte, la raison et l’utopie.
1) La révolte
Je me suis engagé au Modem au soir de l’élection de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République, en raison du rejet viscéral que suscite en moi les valeurs prônées par cet homme, si bien dénoncées par François Bayrou :
- l’argent affiché comme étalon de la réussite et la marchandisation de toute chose ;
- l’enfermement des individus dans une prédestination génétique ou sociale ;
- la confusion des genres politique et religieux et le travail de sape des fondements laïques de notre République ;
- la logique communautariste dans laquelle aucune démocratie ne sera plus possible : si chacun vote pour sa “communauté”, que deviennent les opinions ? C’est alors la “communauté” la plus nombreuse démographiquement qui impose son joug aux autres, ce qui ne peut s’achever que dans l’affrontement.
- la recherche perpétuelle de boucs-émissaires : les étrangers que l’on pourchassent, les chômeurs qui refusent “des offres raisonnables”, les “racailles” de banlieue, les grévistes qu’on “ne remarque plus”, les enseignants (chercheurs ou pas) qui ne “produisent” rien, les militaires “amateurs”, les magistrats “sournois” etc.
- l’alignement de notre pays sur les Etats-Unis et la réduction de la vocation universelle de notre modèle républicain à un simple rouage de défense de l’Occident, avec toutes les implications de “guerre des civilsations” que cela suppose ;
- le démantèlement systématique de tous les contre-pouvoirs : mise au pas du Parlement, gouvernement court-circuité, suppression des juges d’instructions, contrôle des medias, instrumentalisation des syndicats pour détourner les colères sociales …
- le délire sécuritaire qui permet la mise en place de tous les outils d’un futur contrôle totalitaire de la société : fichage ADN devenu systématique au nom de la poursuite des délinquants sexuels, pièces d’identité biométriques pour “lutter contre le terrorisme”, test ADN de filiation pour le regroupement familial des étrangers (contraire au droit français de la filiation basé sur la reconnaissance et non sur la filiation biologique), caméras de surveillance à foison pour nous “protéger” de la délinquance, contrôle de nos activités sur internet pour “protéger” les droits d’auteur, fichiers en tout genre (STIC, EDVIGE rebaptisé…) pour “légaliser” des pratiques anciennes qui ne l’étaient pas…
- l’arrogance méprisante du pouvoir à l’égard des pensées critiques ;
- etc., etc., etc. …
2) La raison
“Durable” est le trait commun à toutes les politiques prônées par le Mouvement Démocrate :
- des budgets publics à l’équilibre qui n’hypothèquent pas l’avenir de la Nation ;
- une utilisation responsable des ressources naturelles qui tient compte de leur renouvellement et de notre capacité à recycler ce que nous produisons et consommons ;
- le respect des générations futures par une approche des problèmes qui tient compte de la continuité historique : héritiers des générations qui nous ont précédé, tout ce que nous faisons aujourd’hui sera d’une manière ou d’une autre supporté par nos enfants. Nous n’avons pas le droit de vivre au crédit de nos héritiers, de même que nous n’aurions pas admis que nos parents nous abandonnent leurs dettes sociales, financières ou environnementales…
- la bonne gouvernance d’une Nation repose sur sa capacité à bâtir des compromis et des consensus. Notre système politique actuel, extrèmement puissant à donner la majorité et tous les pouvoirs à un seul parti, sinon à un seul homme, est incapable de faire dialoguer les différents courants de pensée pour les mener à des décisions collectives suscitant l’adhésion du plus grand nombre. Avec un tel système, notre pays commet des erreurs historiques à répétition, et permet l’accumulation de décisions injustes. En prônant le rétablissement de l’équilibre des pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire, médiatique), à travers la juste représentation des différents courants de pensée dans les assemblées, le Mouvement Démocrate veut que chaque citoyen puisse légitimement s’estimer représenté par ses élus.
3) L’utopie
Nous rêvons d’un monde :
- humaniste plutôt que matérialiste ;
- où l’avenir est une promesse plutôt qu’une menace ;
- où la création et le savoir seraient par eux-mêmes des valeurs, sans besoin d’un étalon économique ou financier pour les mesurer ;
- où la solidarité humaine s’étendrait entre des continents dont aucun ne serait le prédateur de l’autre ;
- où les Français retrouveraient le goût de vivre ensemble ;
- où les opinions différentes ne seraient pas un obstacle au débat et à la conduite de politiques justes et consensuelles ;
- et bien d’autres rêves encore…
Conclusion :
Dans les dernières élections européennes, plus que le score décevant de notre mouvement ou la percée de tel ou tel, je retiens surtout que nos concitoyens ne se sentent plus concernés par l’exercice de la démocratie. Ils ne comprennent plus le sens de ce mode d’organisation de la société, ne perçoivent plus leur rôle de citoyen dans la prise collective des décisions, estiment que leur vote n’a plus aucune portée sur des décisions qui les dépassent, ne parviennent plus à dépasser le rideau de mensonges déversé sur eux par une presse complaisante avec le pouvoir. Les deux partis qui prétendent alterner sans partage aux affaires n’ont, à eux deux, rassemblé que 45% des votants et 16% du corps électoral. La totalité des mouvements susceptibles d’accéder à un gouvernement (y compris le nôtre) ne mobilisent pas même 30% des inscrits ! Comment donc gouverner un pays dans la légitimité, quand même la plus large des coalitions ne serait pas majoritaire dans le corps électoral ?
Le but de notre mouvement est la reconquête de notre démocratie et la réaffirmation du rôle du citoyen dans la chose publique. C’est un combat à contre-courant, les élections de dimanche dernier viennent de le montrer. Ce combat n’en vaut pas moins la peine d’être livré, faute de quoi notre pays dérivera vers un pouvoir autoritaire autant que discrédité. Privé de représentants légitimes, c’est dans la rue que le peuple exprimera sa volonté. En pareil cas, il est rare que la modération soit de mise.
Malgré les sarcasmes, les dénigrements et les coups tordus, il y aura donc encore un bulletin orange dans les élections futures. En revanche et en tant que militants, nous devons repenser notre mode d’action pour toucher le plus grand nombre de nos concitoyens. Personnellement, je crois au travail de terrain, de rencontres, de réseaux, un travail de fourmi qui seul, au bout de longues années, est susceptible au final d’infléchir la déliquescence de notre démocratie. La route sera plus longue que nous ne l’avions espéré, mais elle vaut toujours la peine d’être suivie.
Amitiés démocrates,
Hervé de Bressy
13 juin 2009
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