Hervé de Bressy, démocrate de Sainte Adresse

Sainte Adresse Démocrate

Archive for the 'Défense' Category


Manipulations

Posted by Hervé de Bressy on 21st avril 2009

Le discours du président iranien Ahmadinejad hier à Genève a fait l’objet d’une attention extrême. Son traitement par la machine médiatique et l’orchestration du discrédit jeté sur le personnage me semblent très inquiétants. Ce sont je crois les signes d’un repli sur lui-même du monde occidental, et de l’incapacité de ce dernier (ou plutôt des différentes nations qui le composent), à porter un message universaliste.

Lisons bien les termes du discours du président iranien : il a stigmatisé non pas la religion juive, mais le sionisme, à savoir la colonisation de la Palestine par le peuple juif malgré l’habitation millénaire de cette dernière par les palestiniens. Il a accusé Israël de mener une politique raciste à l’égard des palestiniens, et dans une certaine mesure aussi à l’égard des arabes israëliens. Il a accusé l’occident de faire cause commune avec Israël et de pratiquer une politique du deux poids, deux mesures : compréhension bienveillante envers l’extrême violence militaire appliquée (encore très récemment) aux populations civiles de la bande de Gaza, inaction face à la colonisation de la Cisjordanie, indifférence pour la vie misérable d’humiliations et de privations faite aux palestiniens, refus d’accepter les choix démocratiques des palestiniens lorsque ceux-ci ont confié le pouvoir au Hamas par les urnes à Gaza… alors que dans le même temps ce même occident se fait donneur de leçons en matière de droits de l’homme, notamment à l’égard de l’Iran accusé d’être “une nouvelle Allemagne hitlérienne”.

Les propos peuvent être qualifiés d’extrêmistes ou tout au moins de peu nuancés, mais des arguments percutants ont été avancés qui auraient mérité que l’on en débatte. Nous devons savoir que ce sont là des arguments qui portent non seulement dans le monde arabe, mais également chez tous ceux qui souhaitent déboulonner l’hégémonie occidentale sur les affaires du monde. Refuser le débat et stigmatiser les dirigeants iraniens, alors que nous savons qu’Israël envisage plus que sérieusement une attaque militaire aérienne de très grande ampleur sur l’Iran, est irresponsable. La diplomatie suppose que l’on parle avant tout avec ceux qui sont en désaccord avec nous, avec ceux qui sont en confrontation avec nous.

En quittant la salle de conférences, les représentants des nations occidentales qui n’avaient pas déjà boycotté la manifestation, ont tout simplement laissé les attaques de Mahmoud Ahmadinejad sans réponses. L’image donnée à la face du monde (le monde non occidental, s’entend, à savoir les 4/5èmes de l’Humanité), est désastreuse. Nul doute que cette image sera abondamment exploitée et travestie, montrant des diplomates européens quittant dans la honte une salle où règne un leader anti-occidental victorieux. Même si notre presse et nos dirigeants se déchaînent pour dénoncer l’antisémitisme d’Ahmadinejad (c’est d’ailleurs facile : de nos jours, quiconque gêne les intérêts israëliens est de facto un antisémite), elle ne nous explique toujours pas pourquoi nous devrions considérer l’Iran comme la principale menace sur la paix mondiale.

Que je sache, l’Iran n’a envahi personne récemment, et n’a utilisé sa force militaire, depuis la révolution islamique de 1979, que contre l’Irak de Saddam Hussein, qui était en cette occurence l’agresseur. Ce n’est pas l’Iran qui a envahi le Koweït en 1990, mais l’Irak. Ce n’est pas l’Iran qui a envahi l’Afghanistan en 2001, mais l’OTAN sous direction des Etats-Unis. Ce n’est pas l’Iran qui a envahi l’Irak en 2003, mais une coalition occidentale menée par les Etats-Unis avec l’effroyable bilan humain que l’on sait. Ce n’est pas l’Iran qui a installé des bases militaires à travers l’Asie Centrale, mais les Etats-Unis. Ce n’est pas l’Iran qui vient d’installer une base militaire à Abu Dhabi, mais la France. Ce n’est pas l’Iran qui s’est doté de l’arme nucléaire (à ce jour), mais Israël, l’Inde et le Pakistan, et ce sont les Etats-Unis qui disposent du plus vaste arsenal nucléaire du moyen-orient. Encerclé militairement aux 4 points cardinaux par des forces occidentales, entouré de puissances nucléaires parfois hostiles, la priorité stratégique de l’Iran est de rompre l’étranglement qu’on lui impose. Il ne faut donc pas s’étonner de voir ce pays tenter de contourner la pression occidentale à son égard, à travers des contre-alliances avec la Russie, la Chine et les pays du Sud d’une part, l’accès (non revendiqué à cette heure) à la dissuasion nucléair d’autre part.

La seule solution valable est le dialogue et non le refus de celui-ci. L’Iran a avant tout besoin de voir garantie sa sécurité, lui qui jusqu’à présent n’a agressé aucun de ses voisins et se voit quotidiennement menacé de frappes aériennes par le gouvernement et l’appareil militaire israëliens, après l’avoir été des années durant sous l’administration Bush. C’est ce dialogue que Barack Obama a cherché à mettre en place ces dernières semaines : le matraquage anti-iranien autour du discours de M. Ahmadinejad, savamment orchestré, ressemble avant tout à une manipulation destinée à saboter ces efforts. Personne ne semble pourtant rappeler que le président iranien n’a finalement que peu de poids dans la conduite des affaires de son pays : c’est l’Ayatollah Khamenei qui est le vrai décideur de la politique intérieure et extérieure iranienne. Pourquoi donc s’attacher aux diatribes d’un tribun populiste privé de véritable pouvoir ?

Il y a dans les think-tanks états-uniens et en Israël beaucoup de gens qui pronent une conflagration générale au proche et au moyen-orient. L’élection de M. Obama est pour eux une gêne, et il ne faut pas douter qu’ils n’en sont déjà plus à fourbir leurs armes pour contrecarrer la politique de la nouvelle administration. Depuis hier, ils ont ouvert les hostilités, en exploitant à leur profit l’image déplorable du président iranien auprès des opinions publiques occidentales. Ils cherchent à justifier l’agression prochaine de l’Iran qu’ils appellent de leurs voeux. Ne nous laissons donc pas manipuler.

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L’OTAN interdit techniquement toute indépendance opérationelle

Posted by Hervé de Bressy on 19th mars 2009

Dans le débat escamoté autour de l’OTAN, il y a des arguments de poids à faire valoir contre la présence de la France dans le commandement intégré , qui sont de caractère organisationnels et structurels.

L’OTAN ne dispose que d’une seule et unique chaîne de commandement, qui fait que l’organisation ne dispose à tout instant que d’un seul état-major. De fait il ne lui est possible de mener qu’une seule et unique opération militaire à la fois (actuellement l’Afghanistan, qui a chronologiquement succédé au Kosovo). Dès lors, il suffit que le commandement états-unien de l’alliance impose une opération pour interdire en pratique l’organisation d’une seconde… Vous voulez vous interposer au Liban ? Pas possible, on est pris en Afghanistan ! (c’est juste un exemple).

Dans le mode d’organisation d’une défense européenne - telle que développée à l’initiative de la France, l’Allemagne, l’Espagne et la Grêce entre 1995 et 2007 - chaque pays participant pouvait constituer le noyau d’un état-major, ce qui permettait  l’organisation d’autant d’opérations que de pays participants. C’est ce qui a permis la présence de l’EUFOR sous commandement français en RDC sans compromettre notre capacité d’engagement sur d’autres théatres d’opérations. Le développement de ces structures déjà existantes d’une défense européenne a été mis en sommeil depuis l’accession de Nicolas Sarkozy à la présidence. Cela relativise la vague promesse de promouvoir “de l’intérieur” une défense européenne qu’on a sabordé “à l’extérieur”.

De plus, les Etats-Unis se sont ingéniés à spécialiser chaque pays membre de l’OTAN dans un champ de compétences limitées. Aucun n’est capable à lui seul de mener une opération extérieure sans soutien logistique (et donc approbation politique) de la part des Etats-Unis. Restée hors de ce commandement intégré, la France a pu (à grand frais il est vrai), conserver une capacité d’intervention sur un large spectre maritime, aérien, terrestre, logistique ou de renseignement, d’où la position actuellement centrale de la France dans tout projet de défense européenne. Si la France perd cette capacité, elle ne sera plus en mesure de fédérer qui que ce soit, puisque ayant perdu son principal argument.

En résumé, un pays “intégré” perd peu à peu sa capacité à mener des opérations indépendantes sinon autonomes d’une part, et l’ensemble de l’organisation est techniquement, structurellement et politiquement incapable de mener une opération autre que celle décidée depuis les Etats-Unis par le Pentagone d’autre part.

En répondant aux exigences du commandement intégré, ce n’est pas seulement notre volonté d’indépendance qui est entravée, mais notre capacité pratique à l’exercer.

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Hervé de Bressy, démocrate de Sainte Adresse - 21 avril 2009
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