Conflit de générations
Posted by Hervé de Bressy on 13th juillet 2009
Le débat sur l’âge de départ en retraite est de nouveau sur la table, et l’exécutif cherche à faire sauter le verrou de l’âge officiel de 60 ans (même si les durées de cotisation rendent de plus en plus difficile de liquider sa retraite à cet âge), avec en ligne de mire 63, 65 voire 67 ans. Sachant qu’il est déjà difficile de travailler à 40 ans, et que le taux d’emploi des plus de 55 ans français est un des plus bas du monde développé, ce débat surréaliste revient à s’interroger sur l’opportunité de verser leurs revenus aux seniors via les caisses de retraite ou bien par l’indemnisation du chômage…
Les décisions prises pour - prétendûment - rééquilibrer nos régimes de retraite, seront peut-être comptablement efficaces mais ne me paraissent pas justes, car elles font porter à une génération le fardeau créé par la génération précédente, sans pour autant mettre à contribution cette dernière, qui se voit au contraire octroyer des avantages supplémentaires.
Le déséquilibre démographique actuel de nos systèmes de retraite date de la chute de la natalité française durant les 30 années 1965 – 1995. A bien y réfléchir, on constate qu’une même génération, celle dite du « baby-boom » née entre 1940 et 1960, aura cumulé la succession d’avantages suivants :
- études courtes à faible coût ;
- début de vie professionnelle jeune (20 ans et -) ;
- peu ou pas de chômage pour morceller les carrières professionnelles ;
- faible niveau de cotisations en montant et en durée (37 ans ½) ;
- départ en retraite à 60 ans, sinon en pré-retraite encore plus tôt ;
- fortes prestations de retraite (calculées sur les 10 meilleures années exemptes de chômage) ;
- accès à la propriété facilité par les faibles prix de l’immobilier et l’inflation qui a facilité le remboursement des emprunts ;
Cette même génération, par choix de vie, a eu peu d’enfants et est responsable du déséquilibre démographique actuel, le taux de fécondité étant tombé un temps à 1.7 enfants par femme, alors qu’il faut dépasser 2 pour renouveler les générations et, entre autres choses, conserver un régime de retraites par répartition équilibré.
Avec l’allongement de la durée de vie, c’est à l’heure de partir en retraite (à 60 ans…) que cette génération se trouve hériter de ses parents. Hasard, c’est aussi à cette heure que, dans le paquet fiscal de 2007, on a de fait supprimé les droits de succession pour 5 milliards d’€ par an.
A l’inverse, la génération « étroite » née entre 1970 et 1990, doit supporter :
- des études longues à coût élevé ;
- un début de vie professionnelle tardif (25 ans et +) ;
- le chômage, le travail précaire et les carrières discontinues ;
- des cotisations élevées sur une longue durée (déjà 41 ans, puis bientôt 42, 43…) ;
- un départ en retraite sans cesse repoussé (début de carrière à 25 ans + 41 ans de cotisation = 66 ans…) ;
- des prestations de retraites réduites (calculées sur les 25 dernières années de carrières discontinues, revalorisations inférieures aux salaires etc.) ;
Qui plus est, cette génération étroite est à l’origine de la reprise de la natalité française, laquelle depuis une dizaine d’années et avec 2 enfants par femme équilibre pratiquement ses générations. Par rapport à leurs parents, la génération 1970-1990 doit donc supporter des charges de famille plus importantes, qui réduisent d’autant leur « pouvoir d’achat » mais augurent du rétablissement futur des comptes sociaux. Cette génération a le sentiment de devoir supporter le fardeau que lui ont laissé ses aînés, tout en se voyant privée des avantages que ces mêmes aînés s’étaient octroyés et dont ils continuent de bénéficier.
Le sens de la politique actuellement menée est dans la droite ligne de ce qui a précédé : mettre à la charge de la génération « étroite » tous les frais des avantages accordés à la génération « large », en clair continuer de faire payer par les enfants les dépenses excessives des parents. La même logique prévaut toujours dans l’accumulation des déficits et de la dette publique : la génération suivante pourra toujours se serrer la ceinture !
Il y a une autre politique, à mon sens plus juste, qui consiste à rééquilibrer les charges entre les générations, afin que la solidarité n’aie pas pour conséquence la paupérisation d’une génération au profit exclusive d’une autre. Je vous soumets ci-dessous quelques mesures qui iraient dans le sens d’un tel rééquilibrage :
- rétablir les droits de succession, et en utiliser le produit à équilibrer les régimes de retraites, et plus généralement mettre à contribution les revenus du patrimoine ;
- moduler les cotisations en fonction de l’âge : des cotisations plus faibles pour les salariés jeunes qui s’installent et sont loin de la retraite, ont leurs enfants à charge et doivent payer leur maison (à prix exorbitant), des cotisations plus fortes aux salariés “seniors” plus proche de la retraite, ayant payé l’essentiel de l’éducation de leurs enfants ainsi que leur logement ;
- moduler les cotisations de même que les prestations en fonction du nombre d’enfants à charge ou élevés (à l’inverse de ce qui est fait aujourd’hui, où l’on remet en cause les années supplémentaires de cotisation accordées aux femmes en fonction du nombre d’enfants élevés) ;
Aucun emprunt, aucune politique à crédit, ne viendra au secours de nos régimes de retraite, ni plus largement de nos régimes sociaux. Ceux-ci doivent retrouver un équilibre financier structurel, ce qui suppose de responsabiliser chaque génération face à ses propres dépenses.
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