Hervé de Bressy, démocrate de Sainte Adresse

Sainte Adresse Démocrate

Archive for the 'Economie / Crise' Category

Actualité et prospective de la crise

Conflit de générations

Posted by Hervé de Bressy on 13th juillet 2009

Le débat sur l’âge de départ en retraite est de nouveau sur la table, et l’exécutif cherche à faire sauter le verrou de l’âge officiel de 60 ans (même si les durées de cotisation rendent de plus en plus difficile de liquider sa retraite à cet âge), avec en ligne de mire 63, 65 voire 67 ans. Sachant qu’il est déjà difficile de travailler à 40 ans, et que le taux d’emploi des plus de 55 ans français est un des plus bas du monde développé, ce débat surréaliste revient à s’interroger sur l’opportunité de verser leurs revenus aux seniors via les caisses de retraite ou bien par l’indemnisation du chômage…
Les décisions prises pour - prétendûment - rééquilibrer nos régimes de retraite, seront peut-être comptablement efficaces mais ne me paraissent pas justes, car elles font porter à une génération le fardeau créé par la génération précédente, sans pour autant mettre à contribution cette dernière, qui se voit au contraire octroyer des avantages supplémentaires.
Le déséquilibre démographique actuel de nos systèmes de retraite date de la chute de la natalité française durant les 30 années 1965 – 1995. A bien y réfléchir, on constate qu’une même génération, celle dite du « baby-boom » née entre 1940 et 1960, aura cumulé la succession d’avantages suivants :

  • études courtes à faible coût ;
  • début de vie professionnelle jeune (20 ans et -) ;
  • peu ou pas de chômage pour morceller les carrières professionnelles ;
  • faible niveau de cotisations en montant et en durée (37 ans ½) ;
  • départ en retraite à 60 ans, sinon en pré-retraite encore plus tôt ;
  • fortes prestations de retraite (calculées sur les 10 meilleures années exemptes de chômage) ;
  • accès à la propriété facilité par les faibles prix de l’immobilier et l’inflation qui a facilité le remboursement des emprunts ;

Cette même génération, par choix de vie, a eu peu d’enfants et est responsable du déséquilibre démographique actuel, le taux de fécondité étant tombé un temps à 1.7 enfants par femme, alors qu’il faut dépasser 2 pour renouveler les générations et, entre autres choses, conserver un régime de retraites par répartition équilibré.
Avec l’allongement de la durée de vie, c’est à l’heure de partir en retraite (à 60 ans…) que cette génération se trouve hériter de ses parents. Hasard, c’est aussi à cette heure que, dans le paquet fiscal de 2007, on a de fait supprimé les droits de succession pour 5 milliards d’€ par an.
A l’inverse, la génération « étroite » née entre 1970 et 1990, doit supporter :

  • des études longues à coût élevé ;
  • un début de vie professionnelle tardif (25 ans et +) ;
  • le chômage, le travail précaire et les carrières discontinues ;
  • des cotisations élevées sur une longue durée (déjà 41 ans, puis bientôt 42, 43…) ;
  • un départ en retraite sans cesse repoussé (début de carrière à 25 ans + 41 ans de cotisation = 66 ans…) ;
  • des prestations de retraites réduites (calculées sur les 25 dernières années de carrières discontinues, revalorisations inférieures aux salaires etc.) ;

Qui plus est, cette génération étroite est à l’origine de la reprise de la natalité française, laquelle depuis une dizaine d’années et avec 2 enfants par femme équilibre pratiquement ses générations. Par rapport à leurs parents, la génération 1970-1990 doit donc supporter des charges de famille plus importantes, qui réduisent d’autant leur « pouvoir d’achat » mais augurent du rétablissement futur des comptes sociaux. Cette génération a le sentiment de devoir supporter le fardeau que lui ont laissé ses aînés, tout en se voyant privée des avantages que ces mêmes aînés s’étaient octroyés et dont ils continuent de bénéficier.
Le sens de la politique actuellement menée est dans la droite ligne de ce qui a précédé : mettre à la charge de la génération « étroite » tous les frais des avantages accordés à la génération « large », en clair continuer de faire payer par les enfants les dépenses excessives des parents. La même logique prévaut toujours dans l’accumulation des déficits et de la dette publique : la génération suivante pourra toujours se serrer la ceinture !
Il y a une autre politique, à mon sens plus juste, qui consiste à rééquilibrer les charges entre les générations, afin que la solidarité n’aie pas pour conséquence la paupérisation d’une génération au profit exclusive d’une autre. Je vous soumets ci-dessous quelques mesures qui iraient dans le sens d’un tel rééquilibrage :

  1. rétablir les droits de succession, et en utiliser le produit à équilibrer les régimes de retraites, et plus généralement mettre à contribution les revenus du patrimoine ;
  2. moduler les cotisations en fonction de l’âge : des cotisations plus faibles pour les salariés jeunes qui s’installent et sont loin de la retraite, ont leurs enfants à charge et doivent payer leur maison (à prix exorbitant), des cotisations plus fortes aux salariés “seniors” plus proche de la retraite, ayant payé l’essentiel de l’éducation de leurs enfants ainsi que leur logement ;
  3. moduler les cotisations de même que les prestations en fonction du nombre d’enfants à charge ou élevés (à l’inverse de ce qui est fait aujourd’hui, où l’on remet en cause les années supplémentaires de cotisation accordées aux femmes en fonction du nombre d’enfants élevés) ;

Aucun emprunt, aucune politique à crédit, ne viendra au secours de nos régimes de retraite, ni plus largement de nos régimes sociaux. Ceux-ci doivent retrouver un équilibre financier structurel, ce qui suppose de responsabiliser chaque génération face à ses propres dépenses.

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Une thérapie génique pour humaniser le Capitalisme

Posted by Hervé de Bressy on 21st mars 2009

NB : Paul Jorion m’a fait l’honneur de publier ce billet en tant que “billet invité”. Qu’il en soit ici remercié.

 

 

L’Homme et le chimpanzé partagent 99% de leurs codes génétiques respectifs, mais savez-vous que nous avons également 70% de notre génome en commun avec… l’oursin violet ? Nous ressemblons physiquement au chimpanzé et avons avec lui de nombreux traits de comportement en commun. Les réalisations humaines – tant culturelles que technologiques - sont cependant extraordinairement plus réfléchies, complexes et abouties que celles de notre plus proche cousin, sans parler de l’oursin violet… Cela pour souligner que le génome définit les modalités de construction et d’ordonnancement d’un individu, et que de très légères transformations de ce code peuvent induire des changements considérables entre les êtres vivants.

 

Un système économique peut par certains aspects être comparé à un organisme vivant, dont le génome serait représenté par ses normes comptables, lesquelles ne sont rien d’autre que des modalités de calcul et d’ordonnancement de la valeur des choses. D’infimes modifications dans ces modalités de calcul peuvent induire des changements considérables dans la philosophie du système économique qu’elles définissent. Quel que soit le système qui verra le jour après la grande crise de transition où nous nous trouvons, il sera lui aussi doté de normes comptables, lesquelles ne diffèreront en apparence que fort peu de celles que nous utilisons aujourd’hui.

 

Je vais donc vous proposer aujourd’hui d’appliquer une thérapie génique au capitalisme, légère en apparence, mais en réalité si profonde qu’elle devrait conduire à donner un autre nom au nouveau système économique qui en résultera.

 

Notre actualité socio-économique des 30 dernières années a été remplie par les annonces de plans sociaux, de « licenciements boursiers » attribués au « capitalisme sauvage » . Nous avons vécu la compression de la masse salariale érigée en vertu, et les salariés en surnombre qualifiés de « mauvaise graisse », merci pour eux…

 

Nous sommes humainement révoltés de voir le peu de cas qui est fait des salariés dans les entreprises où l’actionnariat a acquis un poids trop grand. Pourtant les actionnaires qui poussent à licencier ne sont pas des monstres : ils aiment leurs enfants, sont appréciés de leur voisins, participent à des œuvres charitables… comme vous et moi. Pourquoi donc sont-ils conduits à se comporter de la sorte, dès lors qu’il s’agit de parler de l’entreprise ? Non pas parce que c’est dans leur nature, mais parce que c’est inscrit dans les gènes du capitalisme.

 

Réduire la masse salariale est le moyen le plus rapide d’améliorer la valeur comptable d’une entreprise, tout simplement parce les salariés n’y ont pas de valeur, au sens qu’ils ne sont pas comptabilisés autrement que comme une charge. Si vous prenez les comptes publiés de n’importe quelle société, cherchez-y les salariés. Vous ne les trouverez pas à l’actif ou au passif du bilan, mais uniquement en tant que salaires dans le compte de résultats, parmi les charges, aux côtés des achats de matières premières et des fournitures de bureau.

 

En licenciant des salariés on réduit aussitôt les charges tandis que les recettes, au moins dans un premier temps, se maintiennent. Le résultat brut et donc le bénéfice a alors été amélioré, sans impact sur la valeur des actifs. L’actionnaire est alors satisfait, puisque son capital n’a pas été entamé d’une part, la rentabilité de celui-ci accrue d’autre part.

 

Naturellement, nous savons bien que la richesse d’une entreprise, ce sont avant tout les hommes qui la composent avec leur savoir-faire, que les salariés sont avant tout une source de profit, car leur travail est supposé rapporter plus que le coût de leur salaire. Nous savons également qu’une politique perpétuelle de réduction des coûts salariaux mène, en général, à la faillite, la baisse de qualité du service faisant fuir les clients.

 

Il m’est donc venu une idée relativement simple destinée à corriger cette part défectueuse du génome capitaliste :

 

Donnons une valeur comptable à chaque contrat de travail passé entre l’employeur et son salarié, et inscrivons cette valeur à l’actif du bilan.

 

La valeur d’un contrat de travail pourrait être déterminée sur la base du salaire annuel, du niveau de formation acquis dans et hors de l’entreprise, de l’âge du salarié et de son ancienneté professionnelle, du niveau de responsabilités exercées… toutes règles restant naturellement encore à définir.

 

Sans pour l’instant s’attarder sur ces modalités de calcul, quelles seraient les conséquences de l’introduction d’une telle mesure ?

 

1)      juridiquement, le contrat de travail deviendrait la propriété de l’employeur la copropriété de l’employeur et du salarié:

 

-         l’employeur aurait la faculté de le céder à un tiers moyennant finance ;

-         le salarié conserverait la faculté de rompre (il ne s’agit pas de restaurer l’esclavage !), et il faudrait prévoir des protections à son égard afin que l’employeur ne puisse exiger d’être indemnisé, hors cas très particuliers ;

-     l’accord du salarié copropriétaire du contrat serait indispensable à toute proposition de transfert ;

 

2)      comptablement, les fonds propres des entreprises se trouveraient renforcés :

 

-         nous avons là une manière de recapitaliser des entreprises mises à mal par les ponctions exercées ces dernières années par des exigences de rendement intenables ;

-         perdre un salarié par démission, licenciement ou décès, reviendrait à perdre une valeur d’actif et affaiblir les fonds propres ;

 

3)      moralement, la relation salarié / employeur serait bouleversée :

 

-         le contrat de travail devenant un patrimoine de l’entreprise, celle-ci serait encouragée à « en prendre soin » et à fidéliser ses salariés au moyen de salaires convenables, de formations valorisantes, d’un cadre de travail attractif, de responsabilités accrues …

-         en cas de nécessité de réduire les effectifs, l’entreprise aurait la faculté de vendre une partie de ses contrats de travail à d’autres employeurs, à la manière d’une cession d’actifs. Le système d’assurance-chômage n’interviendrait que si le contrat de travail du salarié ne trouvait pas preneur.

 

 

Le diable est dans les détails et il est certainement un grand nombre de conséquences utiles ou nuisibles de cette proposition que je n’entrevois pas. Je vous la soumets néanmoins et attends vos commentaires avec appréhension. On ne s’improvise pas sans risque apprenti-sorcier de la génétique économique.

 

Puisque les mots ont un sens, mettre ainsi l’Homme au cœur de la valeur économique, au lieu du seul Capital, reviendrait à rebaptiser le Capitalisme en Humanisme.

 

 

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Que faire du “Mark-to-Market” ?

Posted by Hervé de Bressy on 20th mars 2009

Le “mark-to-market” ou “quote au marché”, est la rêgle comptable progressivement instaurée au cours de la décennie 2000 qui oblige les entreprises à valoriser leurs actifs à leur valeur de marché, alors qu’auparavant la valeur affichée dans leur bilan correspondait à celle enregistrée lors de l’acquisition du bien. Les plus ou moins-values n’étaient enregistrées que si l’entreprise procédait de sa propre initiative à une réévaluation de son bien, ou tout simplement lorsque celui-ci était vendu. Avec l’obligation faite au grand groupes de publier des comptes trimestriels, on voit bien que le mark-to-market a donné une place considérable aux variations des prix immobiliers dans les résultats des entreprises et donc dans leur valeur boursière. Beaucoup en ont perdu la vision à long terme de leur activité première, pour s’enfermer dans une gestion financière sinon spéculative de court terme. Avec les conséquences que l’on sait.

J’ai dénoncé en mon temps (dans les cercles auxquels j’appartiens, et je dois l’admettre sans réaction d’intérêt détectable de mon auditoire), le mark-to-market comme un système de racket mis en place pour piller les entreprises au profit des fonds de pension anglo-saxons. Par le biais de la revalorisation de leurs actifs immobiliers, les entreprises se voyaient contraintes de constater des bénéfices virtuels, pour lesquels elles devaient verser des dividendes bien réels à leurs actionnaires. Ce faisant elles ont mis à mal leur fonds propres, masquant ce détournement de fonds par l’artifice comptable du mark-to-market, comme l’époux alcoolique qui remet de l’eau dans sa bouteille de vodka pour faire croire à son épouse qu’il n’y a pas touché…

Pour moi, le mark-to-market et la bulle immobilière étaient intrinsèquement liés, l’un alimentant l’autre. C’était toute l’économie qui se retrouvait indexée sur le secteur immobilier, lequel ne représentait pourtant que 7 à 10% de l’activité… Un fabricant de chaussures avec de mauvaises ventes pouvait afficher d’excellents résultats, simplement parce qu’il était propriétaire de son siège social et que l’immobilier avait monté. Nous constatons aujourd’hui la mécanique inverse, où le mark-to-market contraint les sociétés à constater des pertes virtuelles tout aussi déconnectées de leur activité. La société propriétaire de son siège social de toute éternité a pu afficher des bénéfices durant la décennie écoulée de ce seul fait, et maintenant des pertes, sans qu’à aucun moment elle n’aie procédé à la moindre transaction immobilière : elle a gagné puis perdu de l’argent sans faire commerce…

Le mark-to-market est donc une aberration qu’il faut abolir : la valeur d’un bien ne se calcule qu’en regard de la volonté de son propriétaire de le vendre et d’un acheteur potentiel de l’acquérir. En dehors d’un tel cas de figure, tout calcul de la valeur d’un bien est virtuelle et futile. On ne peut donner à un actif illiquide l’apparence de la liquidité. Autant comme par le passé laisser dans les comptes la valeur effectivement enregistrée lors de la dernière transaction, et ne constater la plus ou moins-value que lors de la transaction suivante.

Seulement voilà, depuis l’instauration du mark-to-market dans la décennie 2000, les entreprises ont, souvent à leur corps défendant, utilisé cette règle comptable pour enfler démesurément (et virtuellement) leurs actifs. Nous sommes donc maintenant face à un choix cornélien : suspendre aujourd’hui le mark-to-market (ce dont nous semblons prendre le chemin) et laisser les sociétés afficher des bilans fantaisistes peu propices au retour à la confiance, ou bien maintenir cette règle et constater comptablement et juridiquement la faillite de la plupart des grands groupes, laquelle conduirait à leur liquidation et à la mise au chômage de leurs salariés.

Dans la transition vers un nouveau système, nous devons donc réfléchir à un mécanisme permettant aux entreprises - dès lors que les actifs concernés sont détachés de leur activité première - de revenir comptablement à la dernière valeur de transaction effective de leurs actifs immobiliers, sans pour autant les contraindre à se déclarer en faillite. En ce qui concerne les valeurs mobilières (les “actifs toxiques”), il n’y aura malheureusement pas d’autre choix que de constater tôt ou tard les pertes.

L’actionnariat ayant été éhontément bénéficiaire du systême, il doit aujourd’hui assumer les conséquences des risques qu’il a engendré. Pour les recapitaliser après avoir constaté les pertes comptables, la loi devra donc fortement encadrer et restreindre (comptablement et fiscalement) la distribution des dividendes par les entreprises, le temps de reconstituer les fonds propres et, pour reprendre mon image, que la bouteille de vodka retrouve son contenu d’origine.

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La planche à billets est-elle notre destinée ?

Posted by Hervé de Bressy on 19th mars 2009

J’ai lu avec intérêt plusieurs tribunes pressant l’Europe de prendre des mesures keynesiennes beaucoup plus vigoureuses pour contrer la récession. Après l’avoir fait en mode déguisé depuis l’automne, la BoE et maintenant la FED sont ouvertement passées en mode “planche à billets”, et la BCE est désormais priée de faire de même.

Ce débat me rappelle celui qui a eu lieu au cours des 10 dernières années, lorsque l’on reprochait déjà à la BCE d’avoir une politique de taux d’intérêts trop élevés (souvenez-vous d’une intervention télévisée de Nicolas Sarkozy dans ses premiers mois de présidence, où il vantait la “bonne” politique de la FED aux Etats-Unis, où “on baisse les taux et ça repart”. Or l’histoire récente a démontré que ce sont les taux bas et laxistes de la FED qui sont en grande partie responsables de l’implosion actuelle, et que les baisses de taux ne sauraient plus relancer une mécanique de fuite en avant de l’endettement irrémédiablement brisée.

Si l’Eurozone actionne à son tour la planche à billets, n’allons-nous pas ruiner l’échafaudage européen, au seul profit de la survie artificielle de la finance anglo-saxonne ? Les € imprimés de ce côté-ci de l’Atlantique le seront-ils vraiment à notre profit ? Avec notre marché intérieur d’un demi-milliard de personnes, notre épargne, notre appareil industriel, avons-nous vraiment intérêt à nous lancer dans l’inflation monétaire et la dévaluation compétitive comme on nous y invite depuis la tribune du New York Times ? Le sort de l’€ est-il vraiment de se désintégrer à la seule fin de ne pas abandonner le $ et la £ à leur triste sort ?

Telles sont les questions que je me pose…

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L’Epargne précède le Crédit

Posted by Hervé de Bressy on 17th mars 2009

Le mot d’ordre de l’ensemble des dirigeants de la planète au cours des mois écoulés aura été la restauration du crédit comme priorité pour sauver l’économie du désastre. Je crois qu’il n’est pas de plus grande erreur de jugement, et que l’histoire retiendra ce point comme essentiel dans le déclenchement puis l’aggravation de la grande dépression socio-économique en cours.

Contrairement aux affirmations en vogue, le crédit n’est pas la solution à la crise. C’est l’excès de dettes qui est fondamentalement à l’origine de la bulle financière. Ce n’est donc pas dans la fuite en avant d’un accroissement de la dette que nous résoudrons nos difficultés.

La mécanique du crédit a pour objet d’acheminer l’argent depuis les lieux virtuels où il s’accumule vers les opérations économiques qui en ont besoin. Pour que cette mécanique fonctionne correctement, il faut veiller à maintenir la constance de deux paramètres :

  • la source du crédit doit demeurer régulièrement alimentée.

L’alimentation naturelle est l’épargne, c’est-à-dire la fraction non dépensée des revenus des ménages, laquelle s’investit, se “place” en direction de l’investissement public (Obligations d’Etat diffusée via l’Assurance-Vie) ou privé (Actions ou obligations). Le public en général est dans ce cas le créancier et/ou le propriétaire des entreprises qui le servent. Je vois deux autres sources d’alimentation du crédit : l’une dans l’accélération de la circulation monétaire favorisée par la création d’instruments financiers complexes (A prête à B qui aussitôt prête à C qui prête instantanément à D etc., plus la chaîne est longue et les délais réduits et plus l’effet démultiplicateur est grand), l’autre dans la création monétaire favorisée par une politique laxiste des banques centrales.  Au cours des dernières décennies, il est évident que la politique reagano-thatchérienne a, via la compression salariale, défavorisée l’alimentation naturelle, laquelle a été compensée par l’alimentation artificielle des instruments financiers. Cette politique a également vu l’utilisation démultipliée du crédit à la consommation, afin de combler par le crédit le manque de revenus salariaux des ménages. Dans cette mécanique ce n’est plus le public qui est le créancier de l’économie mais une fraction de plus en plus étroite de celui-ci, à travers les actionnaires et dirigeants d’institutions financières se transformant en oligarques. Cette politique a été facilitée par la mondialisation, puisque la délocalisation de la production a découplé la relation qui existait dans le modèle fordien entre salariés et employeurs : les salariés ne sont en général plus les clients de leur entreprise, cette dernière n’est donc plus incitée à leur servir un salaire promouvant leur capacité à acquérir ses produits. Tous les salariés de la planète tendent à travailler pour l’export plutôt que leur marché intérieur, permettant ainsi une politique salariale compressive.

  • la solvabilité des emprunteurs doit être préservée.

Par solvabilité on entend naturellement la capacité des emprunteurs à rembourser leur dette au terme prévu. Il est là aussi évident qu’une politique laxiste consistant à développer le crédit à la consommation au détriment de l’épargne des ménages n’était pas garante à long terme de la solvabilité des emprunteurs. De même en matière immobilière, où les taux d’intérêts faibles et l’abaissement des règles prudentielles ont conduit en une courte période une fraction importante des classes moyennes à acheter leur logement au lieu de continuer à le louer, lequel achat s’est effectué à un prix exagéré hors des normes historiques (5 à 6 fois le revenu annuel au lieu de 3 fois). Concernant les entreprises, la facilité d’accès au crédit a réduit l’obligation qui leur était autrefois faite de dégager des capacités d’autofinancement, accroissant ce faisant leur besoin de crédit pour fonctionner et investir. En plus de cela, la complexification des instruments financiers a rendu illisible la lecture des comptes des entreprises (en particulier financières), et donc illusoire leur notation économique. A quelques jours de sa faillite, Lehman Brothers était toujours affectée de la meilleure note de crédit à long terme.

Compte tenu du jeu de massacre qui a consisté à restreindre la capacité d’épargne des ménages (notamment aux Etats-Unis où le taux d’épargne des ménages est brièvement devenu négatif en 2004-2006) et la capacité d’autofinancement des entreprises d’une part, à laisser contourner les règles prudentielles, laissant ainsi s’endetter les acteurs économiques au-delà du raisonnable d’autre part, la mécanique du crédit telle que nous l’avons connue ces 15 dernières années est aujourd’hui brisée au-delà de toute possibilité de rétablissement.

L’action de nos gouvernants consiste aujourd’hui à transférer la dette des acteurs privés vers le budget des Etats, afin que ces acteurs privés puissent recommencer à prêter pour les uns, emprunter pour les autres. L’alimentation naturelle du crédit que constitue l’épargne étant tarie, et les instruments financiers anéantis, les Etats n’ont d’autre ressource pour mener cette politique que d’activer la création monétaire afin de perpétuer la fuite en avant. Le risque de crédit, apparu chez les ménages pour ensuite se propager aux acteurs financiers, puis industriels, s’étend donc maintenant aux Etats. Autant dire se jeter dans le précipice pour éviter de rentrer dans le mur…

Une politique de rétablissement de long terme devrait à mon sens activer le paramêtres suivants :

  1. Rétablir la capacité d’épargne des ménages par une meilleure redistribution de la richesse entre revenus du travail et du capital. Cela passe par une politique fiscale et sociale taxant plus les revenus du capital (plus-values, dividendes…) et moins ceux du travail (charges sociales et salariales principalement, l’impôt sur le revenu n’étant déjà plus acquitté que par une minorité de ménages). De même les capacités d’autofinancement des entreprises doivent être accrues en réduisant les charges pesant sur la production et l’investissement (charges sociales patronales, Taxe Professionnelle) au profit de l’impôt sur les sociétés et / ou le Chiffre d’Affaires.
  2. Rétablir autant que faire se peut les liens économiques fondamentaux entre employeurs et salariés, en favorisant la relocalisation de la production d’une part, en instaurant des normes sociales à l’échelle européenne d’autre part. L’objectif doit être que les employeurs européens ont intérêt à ce que leurs salariés soient rémunérés suffisamment, afin que leurs produits trouvent acheteurs sur le marché intérieur européen.
  3. Accompagner le désendettement des acteurs économiques au lieu de chercher à le relancer. Dans tous les plans de sauvetage bancaire entendus, il n’en est pas un à ce jour ayant contraint les créanciers à renoncer à une partie de la dette des entreprises sauvées du naufrage. Ce sont les contribuables qui doivent essuyer la totalité des pertes, et non les acteurs ayant effectué un investissement hasardeux. Leur insolvabilité étant patente, il est inéluctable que les banques devront être nationalisées : la question qui demeure est l’indemnisation des actionnaires, laquelle devra être évaluée en fonction de la santé financière de l’établissement. Je suis partisan de dire que, dès lors que l’insolvabilité est constatée, l’indemnisation de l’actionnaire doit être nulle, ce qui n’a pas été le cas dans les opérations menées  jusqu’à présent.
  4. Favoriser une consommation responsable en affectant leur prix réel aux matières premières non renouvelables. Ce faisant se verrait favoriser une industrie d’innovation et de recyclage, pourvoyeuse de nouvelles activités et d’emploi durables.

De quels leviers disposerait-on pour ce genre de politique ? J’en vois déjà quelques-uns :

  • la TVA sociale (voir mon billet éponyme) pour réduire les coûts du travail et favoriser la relocalisation de la production et des emplois ;
  • accroître la fiscalité du capital : dividendes, plus-values, successions ;
  • la réforme en cours de la Taxe Professionnelle ;
  • l’instauration de normes comptables innovantes à l’échelle européenne : j’ai proposé que celles-ci permettent d’affecter une valeur d’actif aux salariés, afin que ceux-ci soient comptabilisés comme une richesse de l’entreprise et non comme un coût ;

Cette liste n’est naturellement pas exhaustive. Il s’agit avant tout de bien définir la direction à prendre : la logique des mesures à mettre en place s’affirmera ensuite par elle-même.  Sans opter pour le protectionnisme d’une part, ni abolir le libre-échange d’autre part, il est possible de favoriser une politique de relocalisation de la production, réservant les échanges aux produits à forte valeur ajoutée issus de la spécialisation industrielle des producteurs. Il est en cela essentiel de remplacer la mise en concurrence des salariés par celle des savoir-faires.

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L’accueil fait à mes propositions (18 mars 2009)

Posted by Hervé de Bressy on 13th mars 2009

MAJ au 18 mars 2007

Sur lesdemocrates.fr il est une rubrique que j’apprécie particulièrement, celle des points de vue. Les propositions sont évaluées par les internautes à travers un vote consultatif. Il ne s’agit en aucun cas d’établir une démocratie participative pour l’établissement d’un programme électoral du Mouvement Démocrate, mais plutôt d’un exercice de pédagogie. Une proposition est appréciée ou rejetée essentiellement en fonction de la qualité pédagogique de sa rédaction. Je suis persuadé qu’avec le temps, cette rubrique va contenir des idées de mieux en mieux construites et étayées, par simple sélection naturelle.

Voici quelques-unes des propositions que j’ai posté et le résultat intermédiaire des votes au 18/03/2007 (meilleur “score” de référence : + 127) :

  1. Transformer la Taxe Professionnelle au lieu de la supprimer : + 77
  2. Afficher le coût énergétique des produits de grande distribution : + 68
  3. Humaniser les normes comptables : + 58
  4. TVA sociale : + 44
  5. Interdire les paris sur les prix (Paul Jorion) : + 43
  6. Transition énergétique et prix plancher des carburants : + 20
  7. Réguler les prix de l’immobilier : +17

Je suis intimement convaincu de la nécessité et de l’utilité de chacune de ces propositions. Lors de la prochaine remise à zéro des compteurs, je les reformulerai dans des termes différents dans l’objectif de les rendre plus convaincantes et percutantes. Ce billet sera mis à jour à intervalle régulier afin de présenter mes différentes proposition et l’évolution de leur accueil en fonction de leur formulation.

Ci-dessous le détail des ces propositions et de leurs formulations successives :

 

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Pédagogie de la TVA sociale

Posted by Hervé de Bressy on 4th mars 2009

J’ai posté récemment dans les rubriques “nous soutenons” et “questions à François Bayrou” au sujet de la TVA sociale.

Je constate sur ce sujet des réactions épidermiques et contradictoires. Dans la rubrique “nous soutenons”, ma formulation atteint à cette heure le score honorable de +10, tandis que la formulation d’un autre démocrate s’enfonce à -3, pourtant pour la même proposition ! Cela montre bien qu’il y a matière à débats et à surtout à pédagogie.

Le terme même de TVA Sociale est banni de la vie politique depuis les législatives de 2007 et son instrumentalisation par Laurent Fabius pour faire perdre 50 députés à l’UMP entre les deux tours. L’idée d’augmenter la TVA est extrèmement impopulaire, mais la peine n’a pas été prise de présenter les contreparties à cette hausse et leurs avantages. Je vais donc m’y essayer ici, dans ma modeste compréhension des mécanismes en cause.

Le principe de base de la TVA sociale est d’élargir le financement de la protection sociale depuis les seuls salaires (comme actuellement) vers la consommation (augmentation de la TVA). Pourquoi ?

1) le mode de financement actuel de notre protection sociale est destructeur d’emploi :

  • en basant notre protection sociale sur les salaires, nous augmentons les coûts salariaux et donc le coût des produits français.
  • face à la concurrence des pays à faible protection sociale, les produits français sont pénalisés, car leur prix inclut une forte dose de protection sociale absente des produits concurrents.
  • en conséquence les entreprises françaises sont incitées à délocaliser leur production vers les pays à faible protection sociale, pour la réimporter ensuite vers la France.
  • le chômage se développe en France, aggravant les coûts de la protection sociale, entretenant ainsi le cerle vicieux de la désindustrialisation de notre pays.

2) Quel est le mécanisme de la TVA sociale ?

  • une augmentation échelonnée de la TVA (par exemple, 1% de plus par an pendant 5 ans), dédiée au financement de la protection sociale (santé, prévoyance, retraite, chômage).
  • en parallèle, une diminution équivalente des parts salariales et patronales des charges sociales.
  • la diminution de la part salariale constitue une augmentation des salaires nets.
  • la diminution de la part patronale constitue une diminution des couts salariaux et donc des coûts de production.

3) les avantages socio-économiques de ce transfert :

  • la hausse de TVA s’applique à l’ensemble des produits consommés en France, et donc aux produits importés.
  • les produits importés, et donc les fabrications délocalisées, se voient donc appliquées les charges sociales auxquelles ils échappaient alors.
  • le coût de fabrication des produits français étant réduit, ils sont plus compétitifs sur le marché intérieur comme à l’export.
  • grâce à cette compétitivité retrouvée, il redevient plus avantageux de fabriquer certains produits en France plutôt que dans les pays à faible protection sociale.
  • cet avantage constitue une incitation à maintenir voire relocaliser l’emploi en France, et donc à contenir ou réduire le chômage.
  • avec un chômage plus faible, plus d’emploi et plus de revenus nets, les recettes sociales augmentent et les charges sociales diminuent : le cercle vicieux est remplacé par un cercle vertueux.
  • en taxant la consommation, on encourage également les comportements responsables en pénalisant les productions délocalisées, consommatrices d’ énergie fossile.

4) les perdants et les gagnants :

  • les gagnants : indiscutablement ce sont les entreprises et salariés français (essentiellement grâce à l’emploi retrouvé, car les gains de salaire net sont quant à eux équilibrés par la hausse de TVA).
  • les perdants : les productions étrangères d’une part, les non-salariés d’autre part (il s’agit des retraités et des “rentiers”, qui doivent acquitter la hausse de TVA sans bénéficier d’une hausse de leurs revenus)

La mesure devrait donc être accompagnée de compensations à l’égard des retraités afin de neutraliser l’impact d’une hausse de TVA à leur égard. Par contre il n’y a pas de compensation à mettre en place pour les revenus du capital, car la France est l’un des pays occidentaux qui les taxe le moins (c’est un autre débat).

Conclusion :  le transfert d’une partie du financement de la protection sociale depuis les salaires vers la consommation semble présenter beaucoup plus d’avantages que d’inconvénients, lesquels inconvénients peuvent par ailleurs être compensés lorsque cela s’impose. On n’a retenu de la TVA “sociale” que le principe d’augmentation de la TVA, pour défendre cette mesure il faut mettre en avant les autres aspects : augmentation des salaires nets, avantage à la production et à l’emploi français, lutte contre les délocalisations, encouragement aux comportements de consommation responsables.

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Retour à la réalité (reprise d’un post du 27/9/08)

Posted by Hervé de Bressy on 28th février 2009

Reprise d’un post initialement publié sur mon ancien site le 27/9/2008,  après le “discours de Toulon” de Nicolas Sarkozy.

“En présentant aujourd’hui les perspectives d’exécution du budget 2008 et le projet de budget 2009, et dans la foulée du discours du Président de la République à Toulon, le Gouvernement vient de passer par pertes et profits les utopies de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy.

Le budget 2008 sera déficitaire de € 49 milliards (contre 41,4 initialement prévus), et M. Woerth prévoit d’ores et déjà un déficit de € 52 milliards en 2009, contre 37 milliards initialement projetés. En conséquence, tous les projets de futures baisses d’impôts sont abandonnés. Les promesses de retour à l’équilibre budgétaire, promis par la France à ses partenaires européens pour 2010, unilatéralement reporté en 2012, sont devenues parfaitement irréalistes. Nous sommes plus que jamais le vilain petit canard de la classe européenne.
Je prends acte que le Gouvernement a fait foin de ses belles promesses. Invitons-le à regarder maintenant la réalité en face, et à la dire aux Français :

Alors que l’Etat dépense (environ) € 320 milliards par an (charge de la dette comprise), il n’encaisse que € 270 milliards de recettes. Le gouvernement ayant renoncé aux baisses d’impôts, et Nicolas Sarkozy s’étant engagé à ne pas les augmenter, il ne reste de solution que dans la réduction des dépenses publiques, à hauteur de € 50 milliards, soit 1/6ème du total. On comprend à quel point les € 15 milliards du paquet fiscal nous manquent aujourd’hui.

Exprimé en salaires annuels, ces € 50 milliards qui nous manquent représentent environ 1,5 million de postes de fonctionnaires, soit 3/4 de la fonction publique d’Etat ( 1.9 millions, hors retraités) concernée par ce budget ! Il faudrait anéantir l’Etat pour équilibrer les comptes, ce qui est absurde. On voit donc bien combien paraissent futiles les 30 000 suppressions de postes promises pour cette année. Les Français ressentiront durement le retrait du service public, mais il n’y aura aucun changement dans le déficit et l’accumulation de la dette.

1) Il y a peu de postes de dépenses auxquels s’attaquer :

- le traitement des agents de l’Etat (90 milliards) et les pensions de retraite (30 milliards), représentent à eux deux le 1er poste. Les retraites n’étant pas compressibles et étant plutôt appelées à augmenter avec l’allongement de la vie et le papy boom, seuls les traitements sont concernés. 30 000 postes supprimés permettent d’espérer (c’est un ordre de grandeur) € 1 milliard d’économies annuelles. Dans quels effectifs peut-on se permettre de “tailler” ?

- L’Education Nationale, avec 1,1 million de personnes, semble un énorme réservoir où il est tentant de frapper, mais c’est socialement extrèmement dangereux (voir ci-dessous). Les 200 000 fonctionnaires du ministère de l’économie (douanes, impôts…) me paraissent devoir fournir un gros contingent, car leurs effectifs n’ont pas suivi l’informatisation de la gestion… Ajoutons également que la fonction publique doit aussi pouvoir proposer des salaires attractifs aux jeunes diplômés pour espérer attirer les compétences. Cela induit une pression à la hausse sur les traitements, qui absorbe les gains obtenus par les réductions d’effectifs.

- l’Education Nationale, la recherche et l’enseignement supérieur représentent ensemble € 80 milliards. alors que notre natalité se maintient à un niveau élevé (et donc les effectifs d’élèves dans les écoles), que nos universités sont sous-financées, que l’échec scolaire continue de progresser, que nos entreprises ont besoin de personnels de plus en plus qualifiés, est-il raisonnable de sabrer dans ce poste de dépense ?

- la Défense Nationale compte pour € 35 milliards. Depuis plusieurs décennies nous rognons sur ce budget. Aller plus loin dans la réduction de nos dépenses militaires suppose un choix : la défense de nôtre rôle international et en particulier de notre siège permanent au Conseil de Sécurité des Nations-Unies, ou bien le repli sous le parapluie états-uniens, dont on a vu avec l’Irak et l’Afghanistan où il pouvait nous mener.

- le Travail et la Solidarité, pour € 26 milliards. Alors que la crise financière va faire exploser le chômage, est-ce le moment de désinvestir ce secteur ?

- les Transports, pour € 10 milliards. Il est impensable d’abandonner ce poste de dépense à l’heure où nous devons repenser toute notre infrastructure de transport de fret et de passagers, prix de l’énergie et engagements écologiques obligent.

- Un dernier poste, qui n’est étrangement pas comptabilisé comme une dépense, est le service de la dette. Il se situera nettement au-dessus de € 50 milliards l’année prochaine… l’encours de la dette devant dépasser les € 1 300 milliards courant 2009.

2) Quelles conclusions en tirer ?

Je crois que les économies liées aux réductions d’effectifs ne sauront être que marginales. Au grand maximum et en supprimant 300 000 postes dans l’Education et au ministère des finances, on peut en espérer € 10 milliards d’économies. C’est largement insuffisant, et les conséquences sur la présence de l’Etat là où il est le plus nécessaire risquent de créer des problèmes au final plus coûteux encore.

===> Conclusion 1 : nous ne saurons pas baisser les dépenses de 50 milliards d’€ dans un avenir proche. Je n’ai aucun plaisir à le dire, mais nous n’échapperons pas à l’impôt. Que ceux qui croient encore aux promesses sarkozyennes reviennent du pays imaginaire à tire-d’aile !
Si vous avez bien compté, vous aurez constaté que le déficit et le service de la dette sont d’un montant équivalent. En résumé, s’il n’y avait pas de dette, il n’y aurait pas de déficit. Il ne s’agit pas que d’une coïncidence amusante, il y a là-derrière une profonde signification : hors service de la dette, recettes et dépenses de l’Etat sont aujourd’hui, grosso-modo, à l’équilibre.

===> Conclusion 2 : le fonctionnement de l’Etat n’est plus en soi générateur de déficit. C’est la dette qui génère une charge d’intérêt que nous ne savons pas financer.

3) Vers une structure de défaisance

Je suggère que nous créions une structure de défaisance, qui sépare le budget annuel de l’Etat de la charge de la dette. Cela pourrait passer par un ministère dédié au sein du gouvernement, ou par la création d’une agence nationale sous contrôle du Parlement. Cet “Agence Nationale de Gestion des Actifs et de la Dette (ANGAD)” se verrait allouer des financements spécifiques, au moins égaux à la charge des intérêts (soit 50 milliards / an).

En échange de cette défaisance, l’Etat aurait obligation de présenter et d’exécuter des budgets en équilibre de fonctionnement. Sa capacité à lever de nouveaux emprunts, exclusivement dans une optique d’investissement, serait limitée à un montant plafond de la dette publique, votée par le Parlement, lequel aurait constitutionnellement obligation d’allouer à l’ANGAD les ressources supplémentaires nécessaires.

L’Etat cèderait à l’ANGAD ses actifs (parts d’entreprises publiques et privées, patrimoine immobilier, produit des dations…), et devrait verser une redevance pour ceux d’entre eux qu’il utilise, comme par exemple la location des bâtiments. L’ANGAD aurait pour mission d’optimiser la gestion de ces actifs et d’en tirer un maximum de revenus. En cas de revente à des intérêts privés, le produit de la vente serait statutairement alloué au remboursement du capital et non au paiement des intérêts.

Les excédents budgétaires de l’Etat seraient reversés à l’ANGAD ;
Un “paquet fiscal” dédié au financement de la redevance de l’Etat à l’ANGAD pourrait être créé, alimenté par (entre autres exemples possibles) :

- la suspension des niches fiscales (50 milliards d’€ d’exonérations en tout genre…) ;

- le produit de la lutte contre la fraude fiscale ;

- le rétablissement de l’impôt sur les successions, avec un taux lui permettant de se substituer à l’ISF (lequel serait supprimé)

- arrêt du financement de la réduction du temps de travail (35 heures), et de celui dédié à l’augmentation du temps de travail (heures sup’ du paquet fiscal…) dont les coûts aujourd’hui s’additionnent alors que leurs effets s’annulent. Une des plus belles imbécillités que l’affrontement droite-gauche a produit dans ce pays ;

La dette actuelle s’est accumulée à la suite de 30 années de déficits publics. Pour la ramener à des proportions acceptables, il faut envisager une durée similaire. Pour commencer à rembourser le capital, il faut allouer au minimum 50 milliards d’€ à cette agence de la dette. Chaque fois que ce montant sera dépassé, on aura remboursé un peu de capital, et donc réduit la charge de la dette pour l’année suivante. On aura ainsi amorcé un cercle vertueux, celui de “qui paye ses dettes, s’enrichit”.

Hervé de Bressy
27 septembre 2008″

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Essayons-nous à un peu de prospective

Posted by Hervé de Bressy on 27th février 2009

18 mois après le début de la crise des subprimes et 6 mois après l’éclatement de la bulle de l’endettement, il est temps de nous essayer à dessiner ce qui nous attend au cours des mois et années à venir. J’ai découpé cette (modeste) tentative d’analyse en 3 parties : un rappel des symptômes actuels de la crise, leur évolution probable à court terme et enfin un pronostic sur l’étape ultime de cette crise.

A) Symptômes :

1) La dégringolade des actifs :

L’immobilier est en chute libre dans le monde entier. Lors d’une réunion-débat consacrée à ce thême l’année dernière, j’avais pronostiqué une baisse de l’ordre de 50%. Ce seuil sera dépassé dans de nombreux pays, au premier rang desquels les Etats-Unis et la Grande Bretagne. L’Irlande s’attend par exemple à une chute de 80% !

Les indices boursiers ont chuté d’environ 50% au cours des 12 derniers mois. Le deleveraging, ou effet de levier inversé, continue de jouer à plein : pressés par leurs créanciers, les détenteurs d’actifs liquident leurs positions pour pouvoir honorer leurs obligations.

Victimes à la fois du désengagement de la spéculation et du retournement économique, les cours des matières premières se sont effondrés, le pétrole étant passé en 6 mois d’un pic de 150$ à un creux (?) de 35/40 $.

2) L’effondrement des échanges internationaux

Pour la première fois depuis la crise des années 30 et la seconde guerre mondiale, les échanges internationaux sont directement frappés. La baisse constatée du commerce mondial peut être évaluée - à ce jour - à environ 35%.

3) L’arrêt de la production industrielle et la flambée du chômage

Le secteur automobile est emblématique. Le chômage technique et les fermetures d’usine se multiplient (quasi-faillite des 3 grands constructeurs états-uniens…). Les Etats-Unis vivent au rythme de 500 000 chômeurs supplémentaires par mois. J’avais annoncé un rythme de 100 000 par mois pour la France, nous n’en sommes plus très loin (90 000 en janvier).

4) Inefficacité des tous les plans mis en oeuvre jusqu’à présent.

Abandonnant le dogme libéral, tous les dirigeants de la planète se livrent à présent à un keynesianisme à outrance. Toutes les restrictions budgétaires ou monétaristes ont été abandonnées : le déficit du gouvernement fédéral des Etats-Unis sera pour le seul exercice 2009 supérieur au cumul de tous les déficits annuels de la présidence Bush, et sera de l’ordre de 13% du PIB, si rien ne vient aggraver la situation ! Les quelques 7 à 9 000 milliards de $ ou d’€ injectés de diverses manières dans les établissements financiers (prises de participation directe de l’Etat, avances, prêts, garanties…) n’ont en aucune manière empêché la récession économique de s’installer. Tout juste ont-ils permis de maintenir en survie artificielle des établissements devenus insolvables en raison de leurs pertes d’actifs dans tous les domaines.

B) Evolution à court terme

1) La situation des populations devient alarmante, prises en étau entre une perte de revenus liée à un chômage de masse d’une part, une dévalorisation des patrimoines d’épargne et d’immobilier qui auraient du leur permettre de faire face d’autre part. Les désordres sociaux violemment revendicatifs sont à mon sens inévitable. La France est déjà touchée par sa périphérie d’outre-mer. La métropole, on le sent bien, est prête à suivre.

2) Par ses interventions et ses sauvetages à tout-va, l’Etat transfère à sa charge les dettes gigantesque du monde financier, en même temps qu’il se voit contraint d’éteindre dès qu’ils surviennent les incendies sociaux. Déjà très fortement endettés, les Etats verront bientôt remise en cause la qualité de leur signature, à commencer par les plus petits (Islande, Lettonie, Hongrie, Irlande…) avant que ne suivent de plus gros (Russie mais aussi Espagne, Italie et surtout la Grande Bretagne).

3) La demande d’emprunt par les Etats va être tellement forte qu’il n’est pas envisageable de trouver suffisamment de prêteurs privés pour la satisfaire. Il est évident qu’un peu partout dans le monde les banques centrales vont acheter directement les emprunts d’état par l’émission de nouvelle monnaie. Cela aura également lieu dans la zone Euro, quoiqu’en disent les statuts de la BCE car nécessité fait loi. Nous allons donc assister à une très forte augmentation de la masse monétaire, simultanément à une forte contraction de l’activité économique.

4) La contraction des échanges mondiaux, appliquée à une économie des flux tendus, va conduire à une très forte désorganisation des industries les plus mondialisées : automobile, informatique etc… Cette désorganisation est susceptible de conduire à des pénuries de produits finis comme de pièces de rechange.

C) Pronostic à moyen terme

En rapprochant les différents points évoqués ci-dessus, je me permets maintenant d’esquisser un scénario, forcément catastraophique étant donné le contexte dans lequel nous sommes irréversiblement engagés.

Les excès de masses monétaires, couplées à la contraction de l’activité et à l’apparition de pénuries, vont immanquablement conduire à une inflation potentiellement hors de contrôle. Je retiens ce scenario d’une très forte inflation (voire hyperinflation dans les Etats les plus fragiles), car elle présente l’avantage immédiat de liquider les dettes, aussi bien celles des Etats que celles des particuliers. C’est la solution de la facilité à court terme, c’est donc celle qui sera - voire a déjà été - choisie par les dirigeants. Cette inflation n’est pourtant pas une bénédiction, car elle s’accompagnera d’une paupérisation des populations, les salaires ne suivant pas le même rythme. En chemin, ce sont les créanciers et les épargnants qui auront été sacrifiés, ainsi que le systême bancaire que nous cherchons aujourd’hui désespérément à sauver. Les rentiers auront été ruinés, seuls se sortiront d’affaire les détenteurs de biens physiques directement productifs de biens de première nécessité (alimentation de base, énergie…).

Le désendettement des Etats par la monétisation de la dette passe par la dévaluation de leur monnaie. Pour que les Etats-Unis reviennent à un niveau d’endettement raisonnable (endettement total de 100% du PIB au lieu de 350% actuellement), il leur faut dévaluer le $ en proportion. Etalée sur 10 ans, cette dévaluation suppose une inflation de 15 à 20% par an. Il est cependant fort à craindre que le mouvement soit beaucoup plus brutal, d’ou la crainte d’un emballement hyper-inflationniste.

Conclusion :

Exposée au mêmes symptômes que les Etats-Unis, avec en plus la crise des pays émergents dont elle est de loin le premier créancier, l’Europe est face à son destin. Si nos dirigeants ne parviennent pas à être solidaires , il n’est pas une institution européenne qui survivra, et tout sera à reconstruire. L’éclatement de la zone € (à nouveau évoqué par ses détracteurs anglo-saxons) serait un désastre, condamnant le continent aux ravages de l’hyper-inflation, du chômage et de la misère. Jamais nous n’avons autant eu besoin d’une volonté européenne.

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Le coeur de la tempête

Posted by Hervé de Bressy on 27th février 2009

Billet initialement publié le 23  janvier 2009 sur Sainte Adresse Démocrate

La “Crise” poursuit son bonhomme de chemin. Après quelques semaines durant lesquelles “l’esprit de Noël” a pu laisser croire que le pire était passé, nous entrons maintenant (j’écris le 23/01/2009) dans le coeur de la tempête.

 
Je vous convie toujours à parcourir les blogs listés ci-dessous, bien plus éclairants que tout ce que pourra jamais vous raconter le JT de TF1.

 
Le sentiment dominant reste que le phénomène principal en cours est une déflation intense (perte de valeur de tous les types d’actifs), consécutive au désendettement qui pousse à la liquidation des actifs et un effet de levier “à l’envers”.

 
L’action des gouvernements et des banques centrales, dont on voit bien que leur choix est d’actionner sans retenue la planche à billets, loin de contrecarrer la déflation, vient introduire un facteur d’instabilité supplémentaire : les forces déflationnistes joueront leur mécanique jusqu’au bout, tandis que la “reflation” tentée par les banques centrales ne jouera son rôle qu’après, au prix d’un désordre économique (et surtout social !!!) menant à un véritable anéantissement monétaire, remettant en cause - je pèse mes mots - l’ensemble de notre ordre social, économique et politique.

 
Nous allons donc être pris en étau entre deux phénomènes destructeurs :

 
- la déflation, qui fait perdre de leur valeur à tous les éléments de nos revenus et patrimoines personnels : nos maisons, notre épargne investie, nos salaires (travailler moins pour gagner moins !)… tandis que nos dettes personnelles et collectives, elles, conservent leur valeur et continuent de porter intérêt. Le poids relatif de la dette se trouve donc alourdi, pour certains jusqu’au point de rupture (ménages américains, industries nécessitant un fort niveau d’investissement, banques dont les bilans se trouvent déstabilisés par un effondrement de leurs actifs etc..).

 
- l’inflation, sinon l’hyper-inflation, que ne manquera pas de provoquer la forte augmentation des masses monétaires amorcée par toutes les banques centrales, tandis que la récession économique réduit le volume de la production et des échanges. Cette hyper-inflation va liquider les dettes, au prix de l’anéantissement de l’ordre économique, social et politique.

 
Aujourd’hui clairement en phase déflationniste, nous basculerons tôt ou tard en phase hyper-inflationniste. Chaque pays aura son propre scénario pour ce basculement : l’Islande a déjà vécu sa phase d’effondrement déflationniste et se trouve déjà en phase de forte inflation (20%), en raison de l’effondrement de sa monnaie. L’Irlande, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et surtout la Grande-Bretagne semblent maintenant prêtes à suivre ce scénario. La Chine, confrontée depuis des années à une inflation rampante contre laquelle l’Etat luttait avec âpreté, mène aujourd’hui une politique rigoureusement inverse, alors même qu’elle est déjà inondée de liquidités par ses énormes excédents commerciaux : la phase inflationniste - contrairement aux affirmation “d’experts” - y semble maintenant très proche. Le tréfonds de la catastrophe sera atteint lorsque les Etats-Unis verront la fuite des capitaux qui, jusque-là, finançaient leur train de vie.

 
L’incertitude mais aussi l’espoir reposent sur la capacité de la zone Euro à résister à la tentation de la fuite en avant. Les membres de l’Eurozone auront très bientôt à choisir entre la solidarité ou l’implosion.

 
Hervé de Bressy
23 janvier 2009

sites et blogs à suivre pour rester à la pointe des meilleures analyses :
Loïc Abadie (FR): un trader lucide
Paul Jorion (BE/US): il explique et démonte depuis plusieurs années la machine infernale du crédit immobilier aux Etats-Unis
Nouriel Roubini (US -en anglais) : peut-être le plus alarmiste de tous, mais aussi le plus étayé…
Europe 2020 (EU) : lettre d’information payante, mais quelques communiqués (édifiants), sont libres d’accès. Les derniers en date (au 17/11/2008), prévoient la cessation de paiement des Etats-Unis et l’implosion monétaire à l’été 2009. Pas un site particulièrement optimiste …
The Market Oracle (GB - en anglais) : forum contributif de quelques 150 analystes, avec plusieurs analyses postées chaque jour. Là encore, la tendance pessimiste domine.
Crise Mondiale (FR) : actualité axée sur l’éclatement de la bulle immobilière. Ici comme sur les sites ci-dessus, la prédiction est que la chute de l’immobilier français atteindra 50% !
Michel Santi (CH) - économiste, analyste financier mais aussi moraliste
MarketWatch (US - en anglais) - actualité des marchés

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Conflit de générations
Hervé de Bressy, démocrate de Sainte Adresse - 13 juillet 2009
Hervé de Bressy, démocrate de Sainte Adresse
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