L’OTAN interdit techniquement toute indépendance opérationelle
Posted by Hervé de Bressy on 19th mars 2009
Dans le débat escamoté autour de l’OTAN, il y a des arguments de poids à faire valoir contre la présence de la France dans le commandement intégré , qui sont de caractère organisationnels et structurels.
L’OTAN ne dispose que d’une seule et unique chaîne de commandement, qui fait que l’organisation ne dispose à tout instant que d’un seul état-major. De fait il ne lui est possible de mener qu’une seule et unique opération militaire à la fois (actuellement l’Afghanistan, qui a chronologiquement succédé au Kosovo). Dès lors, il suffit que le commandement états-unien de l’alliance impose une opération pour interdire en pratique l’organisation d’une seconde… Vous voulez vous interposer au Liban ? Pas possible, on est pris en Afghanistan ! (c’est juste un exemple).
Dans le mode d’organisation d’une défense européenne - telle que développée à l’initiative de la France, l’Allemagne, l’Espagne et la Grêce entre 1995 et 2007 - chaque pays participant pouvait constituer le noyau d’un état-major, ce qui permettait l’organisation d’autant d’opérations que de pays participants. C’est ce qui a permis la présence de l’EUFOR sous commandement français en RDC sans compromettre notre capacité d’engagement sur d’autres théatres d’opérations. Le développement de ces structures déjà existantes d’une défense européenne a été mis en sommeil depuis l’accession de Nicolas Sarkozy à la présidence. Cela relativise la vague promesse de promouvoir “de l’intérieur” une défense européenne qu’on a sabordé “à l’extérieur”.
De plus, les Etats-Unis se sont ingéniés à spécialiser chaque pays membre de l’OTAN dans un champ de compétences limitées. Aucun n’est capable à lui seul de mener une opération extérieure sans soutien logistique (et donc approbation politique) de la part des Etats-Unis. Restée hors de ce commandement intégré, la France a pu (à grand frais il est vrai), conserver une capacité d’intervention sur un large spectre maritime, aérien, terrestre, logistique ou de renseignement, d’où la position actuellement centrale de la France dans tout projet de défense européenne. Si la France perd cette capacité, elle ne sera plus en mesure de fédérer qui que ce soit, puisque ayant perdu son principal argument.
En résumé, un pays “intégré” perd peu à peu sa capacité à mener des opérations indépendantes sinon autonomes d’une part, et l’ensemble de l’organisation est techniquement, structurellement et politiquement incapable de mener une opération autre que celle décidée depuis les Etats-Unis par le Pentagone d’autre part.
En répondant aux exigences du commandement intégré, ce n’est pas seulement notre volonté d’indépendance qui est entravée, mais notre capacité pratique à l’exercer.
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